Cette partie invisible des risques pour la santé qui restera dans l’ombre du DMP.

Le Dossier médical partagé (DMP) sur lequel les verriers se sont déjà exprimés sur ce site, remis d’actualité avec le rapport Lecocq, fait l’objet de nombre d’articles de professionnels de la santé. À l’occasion de la réforme Douste-Blazy, le DMP annoncé à grand bruit en 2004 fut un cuisant échec. La version numérique d’abord envisagée n’a jamais vu le jour et fut remplacée par un misérable carnet de santé en papier confié aux patients et rempli facultativement par les médecins. Aujourd’hui il est relancé à grand renfort de communication par Agnès Buzyn, ministre de la santé. L’objectif est d’ouvrir 40 millions de dossiers d’ici à 2022. L’heure est à l’enthousiasme, cette fois ça va marcher !

Quel service devrait offrir le DMP, selon les promoteurs : l’accès immédiatement aux informations médicales du patient lors d’une hospitalisation, d’une 1ère consultation ou en cas d’urgence ; éviter de prescrire des examens ou traitements déjà demandés par d’autres praticiens confrères ; éviter les interactions médicamenteuses. C’est peu en regard des moyens déployés. Avec ce DMP on va constituer une gigantesque archive numérique constituée d’un empilement de données, comptes rendus d’hospitalisation, de consultations, examens radiologiques, biologiques, etc. Mais personne pour en réaliser une analyse, une synthèse exploitable médicalement. Peut-être le médecin traitant est-il la personne pressentie pour ce rôle ? Le médecin généraliste qui croule sous les démarches administratives et qui n’est plus en mesure de faire face à toutes les demandes pressantes de consultations. Le médecin généraliste que des centaines de milliers de patients n’arrivent pas à en faire un médecin référent, car leur nombre diminue sans cesse sous l’effet naturel du vieillissement du corps médical.

Mais l’énorme lacune de ce projet réside, comme d’habitude dans la volonté de ne pas regarder du côté des risques professionnels. Une audition publique réalisée le 19 janvier 2010 au Ministère de la santé montrait que la lacune demeure dans le dispositif des suivis médicaux post-professionnels après l’exposition à l’amiante. Le bilan soulignait la non utilisation du dispositif en 2006, 4 898 demandes faites sur 62 000 demandes potentielles par an. La cause d’insuffisance est d’origine réglementaire, plus exactement dans le non respect de la réglementation, le faible nombre d’attestations établies. Du côté des entreprises difficulté de retrouver les expositions anciennes, difficulté de repérage de certaines expositions actuelles, réticence à délivrer les attestations. Pourtant leur responsabilité juridique est engagée. Du côté des dossiers médicaux du travail, très peu de données d’exposition indiquées. Très peu de fiches d’exposition sont données aux médecins du travail. Lors de son départ de l’entreprise peu d’information est donnée au salarié. L’entreprise doit faire une déclaration des produits utilisés pouvant être responsables d’une maladie professionnelle, selon l’article L 461-4 du code de la Sécurité sociale, mais cette obligation n’est pas respectée et l’inspection du travail ne l’impose pas ! Enfin, le salarié ou l’ancien salarié est dans obligation de faire une demande pour chaque nouvel examen. Pour cela, il doit produire l’attestation d’exposition qu’a dû lui fournir son ancien employeur… En conséquence, on dénombre 458 cancers du poumon indemnisés en 1999, 808 en 2004 et 1 161 en 2006, pendant que le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (FIVA) reçoit 8 à 10.000 demandes chaque année.

C’est toute cette partie invisible des risques pour la santé qui restera dans l’ombre du DMP, parce que le pouvoir se refuse à faire appliquer les lois qu’il élabore. Stupéfiante tromperie initiale.

http://www.verriers-givors.com/maladies-professionnelles/dossier-medical-partage/

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