L’appareil médical français doit élargir ses connaissances au-delà de la recopie des actes médicaux, élargir la recherche fondamentale sur les risques chimiques et environnementaux.

La Caisse d’assurance maladie annonce au son du cor la croissance des ouvertures du « Dossier médical partagé » (DMP). À la mi-janvier 2019, elle enregistrait 3,6 millions de DMP désormais ouverts. La montée en puissance est réelle puisque, au 30 octobre dernier, juste avant la relance officielle du DMP et une campagne d’information d’envergure de la part de la CNAM, on en comptait un peu moins de deux millions d’ouverts.

À la mi-décembre, un premier bilan d’étape avait été donné, indiquant que la barre des trois millions de dossiers avait été franchie. Cependant, au 13 janvier, on ne comptait que 1,4 million de DMP « alimentés », c’est à dire enrichis en données pouvant guider les praticiens sur les risques connus de leurs patients. Même si 126 000 DMP nouveaux sont enregistrés chaque semaine, cela ne dit rien sur la qualité, la richesse de leur contenu.

Les informations complémentaires donnent cependant une indication sur la relative pauvreté de leur contenu médical. Les pharmacies assurent à 43 % ces ouvertures à partir des ordonnances de leur clientèle ; dans 29 % des cas les ouvertures sont réalisées à l’accueil des caisses locales d’assurance maladie et à 23 % les patients le font spontanément sur internet. Les établissements et les professionnels de santé n’assurent à eux deux que moins de 6 % des ouvertures de DMP. Certaines sources justifient cette insuffisance de résultat par le manque de temps des praticiens. Mais le doute des professionnels sur l’efficacité de cet objet n’est peut-être pas absent.

L’ambition du DMP est de contenir vos « antécédents médicaux », afin que chaque praticien puisse les connaître et diagnostiquer plus finement vos nouvelles pathologies. Encore faudrait-il déjà que les établissements et professionnels de santé apportent de façon décisive leur contribution à son contenu. Cependant, en matière de prévention on pourrait avoir bien d’autres ambitions. Surtout quand on connaît la prolifération des risques environnementaux et professionnels auxquels chacun est exposé quotidiennement.

Sur la période 2013-2017 la concentration de 11 agents chimiques est en hausse, en milieu professionnel constatée par 1’INRS. Parmi ceux-ci figurent le chlore, le chrome VI, le plomb, le tétrachloroéthylène, l’ammoniac anhydre, le styrène, le dichlorométhane, le dioxyde de carbone et la phosphine. Cela souligne la nécessité d’alimenter les DMP avec les connaissances des risques chimiques auxquels sont exposés les salariés. Mais cela n’entre pas davantage dans les projets de connaissance de l’assurance maladie qu’avant. Les risques professionnels demeurent un angle mort de la santé publique, comme le souligne l’actualité qui nous rappelle le scandale des bébés sans bras dans quatre régions françaises et surtout que Santé publique France n’en possède pas l’incidence exacte au niveau national. Tout comme on ne possède pas de registre national de décès par cancer qui permettrait de mieux connaître les causes de ces décès. On sait encore que le département du Rhône, berceau de la chimie de ce pays en est dépourvu, comme 80 % du territoire national. Arsenic, plomb, solvants chlorés, hydrocarbures, PCB, etc. hantent les sols de nos communes, et souvent les écoles sont bâtis sur ces terrains dépréciés. Mais cela n’apparaîtra pas dans le DMP. « Secret des affaires » oblige !

Pourtant la question n’est pas anodine. En 2018, pour la France métropolitaine, l’Institut national du cancer estime à 382 000 les nouveaux cas de cancers. Chez les femmes 177 400 avec le cancer du sein qui reste le plus fréquent devant les cancers colorectaux et du poumon. Chez les hommes 204 600, avec les cancers de la prostate, du poumon et colorectaux le plus souvent. Cela mérite que l’appareil médical français élargisse ses connaissances au-delà de la recopie des actes médicaux et élargisse la recherche fondamentale sur les risques chimiques et environnementaux.

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