Tout était en place pour le conflit d’intérêts, elle avait été nommée le 15 novembre, mais le 18 décembre la fin de la partie était sifflée. Muriel Pénicaud, l’ancienne Directrice des ressources humaines (DRH) du groupe Danone, devenue ministre du travail de Macron, devait siéger au conseil d’administration du Forum de Davos, en Suisse. Lequel Forum réunit chaque année en janvier tout le gratin richissime de la planète. Le rendez-vous annuel des exploiteurs du travail salarié. Conséquence directe de l’affaire Delevoye, l’ancien haut-commissaire aux retraites a dû démissionner suite aux révélations de ses conflits d’intérêts avec les fonds de pensions américains BlackRock. Selon Le Monde la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a invité Muriel Pénicaud à décliner le poste au conseil d’administration du forum de Davos.

Dommage ! Muriel Pénicaud aurait côtoyé des PDG au sein de cette fondation. On y trouve notamment Laurence D. Fink, le patron du fonds d’investissement BlackRock, cité régulièrement pour son lobbying en faveur de la réforme des retraites. Y siègent aussi Jack Ma, le patron d’Alibaba, et Mark Schneider, celui de Nestlé. Par ailleurs, le forum de Davos a pris position, dans un document de juin 2019, en faveur de la retraite par capitalisation. Autant d’éléments potentiellement problématiques dans le contexte français actuel. En plein conflit sur la réforme des retraites, cela allait faire tache dans le décor.

Interrogée par le Monde, Muriel Pénicaud a expliqué avoir été intéressée par l’opportunité de « promouvoir sa vision de la nécessaire régulation sociale de la mondialisation ». Allant même jusqu’à déclarer « J’irai à Davos pour militer pour un capitalisme responsable ». Rien que ça ! La Dame n’en est pas à une contradiction près, déclarant sur LCI le 12 janvier « On va progresser sur la pénibilité », alors qu’à peine nommée ministre du travail, en 2017, elle supprimait par ordonnance la prise en compte par les entreprises de quatre des dix facteurs de pénibilité prévus par la loi du 20 janvier 2014 : port de charges lourdes, postures pénibles, vibrations, exposition à des agents chimiques dangereux.

Regrettant pas ailleurs (www.lechorepublicain.fr/) que la France fait partie de ces rares pays où, sur le marché du travail, on dit aux jeunes « vous n’avez pas assez d’expérience » et aux seniors « on ne valorise pas votre expérience ». C’est une bizarrerie choquante. Au moment où une entreprise sur deux cherche des compétences et a du mal à en trouver, exclure les jeunes, les seniors, les femmes parce qu’elles font des enfants… ne correspond pas du tout à l’équité, ni à l’intérêt général, social, économique. Il faut que les mentalités bougent. Nous y travaillons avec les partenaires sociaux, notamment sur le chômage de longue durée qui frappe les plus de 55 ans, affirme la ministre du travail. L’ancienne DRH de Danone oublie allègrement les pratiques courantes de son groupe qui met au chômage ses salariés dès 55 ans pour faciliter ses restructurations industrielles.

Dans l’Echo Républicain, dépitée par le niveau de la lutte contre le projet de liquidation des retraites par répartition, l’ancienne DRH licencieuse devenue ministre, fait appel à une déclaration de Maurice Thorez, ancien secrétaire général du PCF, « il faut savoir terminer une grève », pour souligner qu’il y a des avancées. Le jusqu’au-boutisme de certains ne se justifie pas. En omettant de rappeler que la déclaration de Thorez date de 1936. En omettant aussi de rappeler que c’était au terme d’une lutte qui avait vu naître le Front Populaire et des succès considérables pour les travailleurs : augmentation de 15 % des salaires, la quinzaine de congés payés (une première), la semaine de 40 heures et la reconnaissance légale des délégués ouvriers chargés du respect du code du travail, des salaires et des questions d’hygiène et sécurité dans les entreprises de plus de dix salariés, avec le droit de vote dès 18 ans pour l’élection des délégués. Excusez du peu ! C’est quand même autre chose que le remplacement provisoire de « l’âge pivot » par « l’âge d’équilibre » dans un texte qui veut porter l’âge de la retraite à 64 ans, dénoncé par quarante jours de grèves et manifestations nationales. Effectivement, « Le jusqu’au-boutisme de certains [au pouvoir] ne se justifie pas ».

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