« Le premier discours sur l’absence de nécessité du masque pour le grand public, si les gestes barrières étaient respectés, est vécu comme une trahison, même s’ils visent à gérer la pénurie. Les ‘premiers de corvée’ (aides-soignantes, caissières, livreurs, etc.) ont l’impression qu’on les a envoyés au charbon, en minimisant les risques, parce qu’on n’avait pas assez de moyens de protection pour tout le monde. Ils ont le sentiment d’avoir été exposés à un risque déraisonnable. » Ainsi s’exprimait Franck Cochoy, professeur de sociologie, dans Le Progrès du 4 mai.

Ces observations d’un scientifique, chercheur au LISS-CNRS et membre senior de l’Institut universitaire de France à partir de 3 000 témoignages sur les usages des masques recuillis par les universitaires d’Albi, Toulouse, Nice et de l’Ecole des mines de Paris, viennent un peu recadrer l’entretien avec Roselyne Bachelot, ancienne ministre de la santé, venue le même jour dans les mêmes pages défendre les décisions du pouvoir et ses prédécesseurs.

L’ancienne ministre de l’écologie (2002-2004) dans le gouvernement Raffarin et le président Chirac, puis de la santé (2007-2010), puis des solidarités et de la cohésion sociale (2007-2010) dans le gouvernement Fillon et le président Sarkozy – et qui a largement contribué à ces titres à la démolition de la Sécurité sociale et des hôpitaux – vient aujourd’hui donner des leçons à ce pays qui compterait « 10 millions d’épidémiologistes ». A qui elle intime le silence dans les rangs. Alors qu’elle se serait paraît-il mise en marge de la politique, passant néanmoins d’un média à l’autre pour faire valoir le point de vue du pouvoir en difficulté sur la gestion de la crise du Covid-19.

Manifestation contre la crise de l’hôpital

Elle interpelle « les élus locaux, à la tête des conseils de surveillance des hôpitaux », alors qu’elle sait pertinemment que les divers gouvernements dont ceux auxquels elle a participé leur ont enlevé tous pouvoirs au profit des ARS (Agences régionale de santé) dont les pouvoirs sont équivalents à ceux des préfets dans le domaine de la santé pour imposer les réductions de budgets, de suppressions de lits, de services, d’hôpitaux. Tous moyens qui font aujourd’hui gravement défaut dans la gestion de la crise du coronavirus.

Evidemment, elle court encore au secours du pouvoir et des riches pour justifier le non rétablissement de l’ISF… « pourquoi pas, mais c’est 3 milliards d’euros maximum. Là on a dépensé plus de 110 milliards, cherchez l’erreur ! ». Oubliant de rappeler à ce propos qu’en 2019 les entreprises ont bénéficié de 80 milliards d’euros d’exonération de cotisations sociales et que les dividendes versés par les entreprises du CAC 40 dépassaient les 50 milliards l’année dernière. Oubliant aussi l’évasion fiscale estimée à plus de 100 milliards…

Sans oublier un coup de patte à la revendication de relocalisation des productions « c’est aussi accepter de payer plus cher les produits ». Vraiment ? Bachelot anticipe-t-elle une campagne idéologique pour justifier la non relocalisation des productions essentielles aux intérêts du pays. La France dépend des pays du Sud-Est asiatique (Chine et Inde notamment) pour 80 % des molécules nécessaires à la production de nos médicaments. Mais on continue de fermer les usines françaises : fabrication de masques, de médicaments, de bouteilles d’oxygène pour les hôpitaux, dernières liquidations en date.

« Payer plus cher » en relocalisant ? C’est oublier volontairement que les quatre milliards de dividendes distribués aux actionnaires cette année par Sanofi, l’industriel du médicament, sont le fruit du différentiel de coût de fabrication entre la France et les pays asiatiques. Car ce différentiel de coût ne fait pas diminuer le prix des médicament mais accroît les dividendes des actionnaires. On ne délocalise pas pour faire baisser les prix, mais pour accroître les profits. C’est d’ailleurs pour cela que l’on ferme en France l’usine de fabrication de Chloroquine car des boites à 2 euros « ça ne paie pas ! ». C’est l’objet de la polémique avec le Pr Didier Raoult promoteur de soin du Covid-19 à la Chloroquine complétée d’un antibiotique, à laquelle Bachelot apporte sa petite contribution…

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