Repenser les moyens de combat contre les risques chimiques.

La journée mondiale du cancer, constitue un moment privilégié pour faire le bilan des actions menées contre ce fléau. Au cours de son activité professionnelle, un salarié sur dix en France est exposé à un ou plusieurs agents cancérogènes, soit deux millions de salariés. Les ouvriers représentent 70 %, les intérimaires et précaires sont surexposés. Chaque année, 15 000 à 20 000 nouveaux cas de cancers, liés à ces expositions toxiques, se déclareraient, mais moins de 2 500 sont reconnus maladies d’origine professionnelle par la Sécurité sociale.

Au Centre Léon-Bérard à Lyon a été mise en place en 2010 une « Consultation pionnière » pour ce type de pathologies d’origine professionnelle. Un millier de patients s’y sont présentés pour faciliter leur reconnaissance en maladie professionnelle par la Sécurité sociale. En octobre 2013, un premier bilan réalisé sur 450 patients montrait qu’un tiers souffrait de cancers broncho-pulmonaires et soulignait que les deux tiers des patients avaient été exposés à une ou plusieurs substances cancérogènes, 39 % à au moins deux substances (Le Progrès, 16/10/213). Le service de consultation de pathologie professionnelle estimait à 50 le nombre de reconnaissances par la Sécurité sociale. Cette année, sur quasiment le même nombre de patients reçus le nombre de reconnaissance en maladie professionnelles tombe à moins de la moitié (19). Faut-il considérer que les gens sont moins malades ou la reconnaissances plus draconienne ? http://www.centreleonberard.fr/1198-journee-mondiale-contre-le-cancer-4-fevrier-2018.clb.aspx?language=fr-FR

La fonction de reconnaissance n’incombe pas à Léon-Bérard, mais à la Sécurité sociale et particulièrement pour les cas les plus difficiles, car n’entrant pas dans les « tableaux » de la Sécu, elle dépend du Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Alors là, c’est autre chose. Il faut savoir que chaque CRRMP a ses propres critères et décide en toute indépendance (?). Celui de Rhône-Alpes, le second plus important dans ce pays derrière le Nord-Pas-de-Calais, avec 2 133 déclarations en 2014 ne délivre que 38,7 % d’avis favorables, rétrogradé à la douzième place, loin derrière la Bretagne qui en délivre près de 75%. Est-ce parce que Lyon est le « premier pôle chimique de France » et qu’il ne faut pas toucher à ce secteur protégé des puissants https://www.aderly.fr/filieres-dexcellence/biotech-cleantech/chimie/. D’ailleurs le service de consultation de pathologies professionnelles de Léon-Bérard met en évidence dans sa communication son action sur l’amiante mais peu le risque chimique. On n’oubliera pas que le chef du service de médecine et santé au travail des HCL, lié à l’initiative de Léon-Bérard est aussi le conseiller écouté de Rhodia Opération à Saint-Fons contre le Comité d’hygiène et sécurité de l’entreprise qui se bat pour la reconnaissance des maladies professionnelle dans un atelier de fabrication de l’hydroquinone qui produit aussi les cancers du rein (TGI de Lyon, 04/01/2010).

Pourtant le risque chimique dans ce département apparaît très nettement supérieur à celui de la France dans les statistiques de causes de décès http://www.cepidc.inserm.fr/cgi-bin/broker.exe. Parmi les 19 types de cancers identifiés pour causes de décès, le taux global pour le Rhône (31,87%) est supérieur au pays ; 15 de ces taux apparaissent égaux ou supérieurs aux taux nationaux. On remarquera que l’abus d’alcool, souvent évoqué par le CRRMP pour refuser la reconnaissance en maladie professionnelle apparaît dérisoirement en fin de tableau des causes de décès, avec 0,3 %. Et l’amiante, risque ciblé à juste titre par Léon-Bérard, cause de « tumeur maligne du larynx, de la trachée, des bronches et du poumon » apparaît pour le cinquième des risques. Mais le CRRMP rejette ce type de cancer sur la consommation de tabac !

Dans notre département, il y a vraiment nécessité de se reposer la question de l’échelle des risques sanitaires et d’examiner quels moyens de combat contre les risques chimiques pour la santé sont à mettre en œuvre. Les salariés, principales victimes, doivent aussi s’y intéresser.