La crise récente du Covid-19 a fait ressortir des polarités. Ainsi les décisions parfois surprenantes de médecins qui tiennent aussi des rôles consultatifs ou exécutifs dans les hautes instances (Conseil Scientifique, Haut Conseil de la Santé Publique). Le Professeur Perronne a rappelé avoir mis en place un système de déclaration des conflits d’intérêts avant toute prise de décisions, allant jusqu’à exclure les personnes des décisions ou débats si besoin est.

Début 2020, le collectif Data+Local recoupait les données de la base Transparence Santé, mise en place après le scandale du Médiator. Les 30 000 praticiens répartis en 32 CHU du territoire se sont partagés plus de 92 millions, auxquels s’ajoutent quelque 78 millions d’euros versés au titre notamment de conventions passées entre les CHU et les laboratoires. Tout cela ne prend bien sûr pas en compte les aides versées aux associations de victimes et ou patients.

Le quotidien France Soir a pu publier (26/06/2020) un état nominatif des conflits d’intérêts entre professionnels de santé et l’industrie pharmaceutique chez les grands professeurs qui orientent les choix du pouvoir pour les actions de lutte contre la pandémie du coronavirus : http://www.francesoir.fr/societe-sante/top-13-des-revenus-annuels-recents-verses-par-lindustrie-pharmaceutique

Au terme d’une enquête de cinq ans, Pascal Marichalar sociologue et chargé de recherches au CNRS a analysé comment les médecins du travail tentent d’exercer leur métier dans son ouvrage Médecin du travail, médecin du patron ? Publié à SciencesPo, Les Presses, en juillet 2014. Il montre comment l’indépendance médicale est mise en question. Et remarque que la souffrance au travail, cancers professionnels, troubles musculo-squelettiques… la prévention des risques professionnels va mal, en France. Il existe pourtant des praticiens – les médecins du travail – chargés par la loi de prévenir toute altération de la santé des individus du fait de leur travail. Quelle part ont-ils dans cette faillite de la prévention ? Les salariés peuvent-ils leur faire confiance ? Le statut particulier des médecins du travail les enferme dans de sévères contradictions. S’ils ont le droit, et même le devoir, de rester indépendants, ils sont tenus, en tant que salariés, à une forme de subordination vis-à-vis des employeurs.

Un livre pour comprendre la lutte des verriers de Givors contre la liquidation des emplois et pour la reconnaissance des maladies d’origine professionnelle.

Les verriers de Givors ont pu observer, à leur dépens, les dysfonctionnements des services de santé au travail. L’analyse de 60 dossiers médicaux du travail sur quarante années sont révélateurs de cette soumission de la médecine du travail aux intérêts de l’entreprise. Quel que soit le médecin, quel que soit son statut (salarié de l’entreprise ou salariés d’un service de santé extérieur), c’est une constante : aucun dossier ne laisse apparaître l’exposition à l’amiante, aux hydrocarbures, à la silice, à l’arsenic, au benzène, etc. produits cancérogènes, comme le démontrent les quatorze reconnaissances en maladie professionnelles obtenues à la verrerie.

La soumission des services de santé aux intérêts du patronat va plus loin. Le CHSCT d’une unité de production d’un grand groupe chimique à Saint-Fons avait constaté un nombre anormal de cancers du rein parmi les salariés d’un atelier de fabrication d’hydroquinone. L’institution décida de désigner un expert indépendant pour en rechercher les causes. Mais la direction le refusa, considérant qu’une étude avait déjà été réalisée par le professeur responsable du Centre de consultation de pathologies professionnelles et porta l’affaire devant Tribunal de Grande Instance de Lyon. Le 04/01/2010, dans une ordonnance de référé le TGI donnait raison au CHSCT. Mais l’étude indépendante n’a jamais pu avoir lieu, la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) s’y étant opposée. Le 21/05/2007, une réunion extraordinaire du CHSCT de l’unité chimique s’était tenue pour la restitution de la pré-étude épidémiologique réalisée par l’équipe du professeur. Outre les représentants de la direction, des délégués du personnel et représentants syndicaux, participaient des représentants de l’InVS, de l’Université Claude Bernard, le Médecin Inspecteur Régional, un représentant de la DRTEFP, un ingénieur conseil de la CRAM, un représentant de l’INRS. Tous ces représentants du monde de la médecine et du pouvoir venant s’opposer à la démarche du CHSCT et soutenir la direction. Voilà qui donne un autre éclairage, et d’une autre dimension, sur la difficulté à faire reconnaître l’origine professionnelles de nombre de pathologies.

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