Regarder de près la mixture qui bout dans la marmite des industriels !

Des cas groupés d’enfants nés sans mains, bras ou avant-bras (7 naissances entre 2009 et 2014) ont été observés dans l’Ain par le Registre des malformations en Rhône-Alpes (Remera), menacé de fermeture par suppression des subventions. En Loire-Atlantique même observation (3 naissances entre 2007 et 2008) ; idem en Bretagne (4 naissances entre 2011 et 2013). A chaque fois dans un périmètre restreint, mais les mères des enfants touchés « sont toutes en zone très rurale » avec « plus de 40 % de terres agricoles autour d’elles ». Que dans trois régions aussi éloignées l’une de l’autre on retrouve les mêmes pathologies et le même environnement agricole devrait pour le moins conduire les autorités de santé à s’interroger.

Rien ne met en évidence une éventuelle responsabilité des pesticides, peut constater la chercheuse qui révèle ce groupe de malformations chez des enfants de l’Ain. Mais rien non plus ne dispense de chercher en cette direction, quand rien de se révèle dans le comportement des mères, ni dans leur environnement familial. Ce serait plus sérieux que de lancer des invectives comme le fait une épidémiologiste, directrice de recherche émérite de l’Insem qui qualifie sa consœur « d’irresponsable » qui « manipule l’opinion » ; quand le directeur général de l’agence de Santé Publique France dénonce « une campagne calomnieuse ».

Dessin publié par l’Humanité du 26/10/2018

Agnès Buzyn, ministre de la santé, a sifflé la fin de la partie en annonçant dimanche son intention de « relancer une enquête » avec l’Anses et Santé Publique France pour avoir des « regards croisés » de médecins et d’experts de l’environnement. La responsable de Remera salue cette initiative et suggère que le groupe d’enquête soit élargi à des scientifiques étrangers. Peut-être pour que l’on ne reste pas l’entre-soi propice aux conflits d’intérêts…

Cette affaire rappelle aux verriers qu’en octobre 2009, lorsqu’ils ont présenté aux autorités de santé leur étude sur les risques révélés à la verrerie de Givors par l’analyse réalisée à partir de 209 réponses aux 645 questionnaires envoyés ; soit près du tiers. Parmi ces réponses on observait 127 cas de malades ou décédés ; soit plus de 50 %. Ce sont 210 pathologies qui étaient observées (un même individu pouvant en développer plusieurs). Parmi ces pathologies, on relèvait 93 cancers, 82 autres pathologies déterminées, 10 autres non déterminées, 11 morts subites et 10 décès dont les causes n’étaient pas précisées. Plus tard, la poursuite des recherches par l’association des verriers révélera que ces salariés étaient exposés à 53 produits et 3 situations de travail classées cancérogènes par les organismes officiels : Directives de l’Union Européenne ; Centre international de recherche pour le cancer (CIRC) ; FAR 5, fiche établie par la CNAM-TS, l’IRS et un groupe d’ingénieurs-conseils, contrôleurs de sécurité et conseillers médicaux des CPAM ; Tableaux de Sécurité sociale pour la reconnaissance en Maladie Professionnelle ; Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS).

Mais pour l’instant, le ministère du travail, comme celui de la santé, continuent de jouer la montre en attendant… la disparition de verriers. Comme le montrent les dernières décisions devant la Cour administrative d’appel ou le Tribunal des affaires de Sécurité sociale, treize ans après le combat commencé. Surtout ne pas regarder de près la mixture qui bout dans la marmite des industriels ! Le combat ne fait que commencer et les verriers se réjouissent de voir d’autres combattant se lever, malgré les invectives et les menaces de licenciements.