Enfin, la ministre de la santé sort de son silence. Mais restons vigilants !

« Je veux bien continuer à chercher mais c’est comme trouver une aiguille dans une botte de foin », a déclaré le directeur général de l’agence Santé Publique France, alors que des associations s’interrogent sur sept naissances d’enfants sans main, bras ou avant-bras dans l’Ain, entre 2009 et 2014. Ce fonctionnaire s’« indigne un peu de cette campagne calomnieuse » (https://www.francetvinfo.fr/, 19/10/2018) qui prétend lui faire regarder en face ces propres responsabilités de chercheur en santé publique !

La polémique enfle autour d’Emmanuelle Amar, la scientifique responsable du Remera (le plus ancien des six registres des mal formations congénitales en France), qui a rendu publique l’affaire des bébés nés sans main, bras ou avant-bras dans un périmètre restreint de l’Ain (sept naissances entre 2009 et 2014), sur fond d’inquiétude sur l’avenir de la structure qu’elle dirige, la région Auvergne-Rhône-Alpes et l’Inserm lui ayant retiré leur financement.

« Chercher dans une botte de foin », dit-il ? C’est parler de corde dans la maison du pendu. Car c’est précisément les méthodes de travail, de recherche, habituelles de l’épidémiologie publique en matière de risques chimiques qui sont à revoir. L’épidémiologie officielle dans le cas d’espèce prétend comparer les chiffres de malformation des trois registres partiels métropolitains aux malformations de l’ensemble du territoire, alors qu’elles ne sont pas mesurées ailleurs.

Cette situation honteuse, nous rappelle le vécu des verriers qui présentaient, en octobre 2009, aux représentants de la Direction du travail (DRTEFP), de la CIRE, de la SLST et de l’AGEMETRA, médecine du travail le résultat de leur enquête sur les maladies des verriers. La représentante de la Cellule interrégionale d’études épidémiologiques (CIRE) qui prétendait que l’étude n’était pas scientifique, s’est vite récusée pour en réaliser une de « scientifique ». En matière de risques professionnels, toute atteinte vérifiée, venant confirmer la présence d’un risque réel à un poste de travail réel, demande que l’on décrive le scénario, entendu comme interaction entre le milieu, l’activité réelle et la personne, qui a conduit à transformer le risque en maladie, car il peut se répéter dans des situations analogues (c’est le « retour d’expérience », bien connu en sécurité civile). Le risque avéré demande donc de comprendre et représenter la spécificité de la situation singulière où il est apparu.

En matière de santé publique, face aux risques chimiques, c’est cette démarche (scientifique!) qui est à prendre en compte et non se contenter d’approches statistiques propices à toutes les manipulations et camouflage de responsabilités.

Il est heureux que la ministre de la santé soit sortie de son silence ce week-end pour annoncer de premières mesures. Tout d’abord les financement de la structure Rhône-Alpine d’enregistrement des malformations continuent d’être assurés, alors qu’ils devaient être supprimés. Les ministres de la Santé et de l’Environnement annoncent une nouvelle enquête avec l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et Santé publique France pour avoir des « regards croisés » de médecins et d’experts de l’environnement.

Il convient de rester vigilant, afin que les promesses ne s’éteignent pas dans les brumes du Rhône et de l’Ain. Surtout que dans cette région les résistances à la connaissance des risques chimiques trouvent beaucoup de relais… Il faut saluer le courage de cette lanceuse d’alerte qui dirige le Remera et voyait mise en cause l’existence de ce précieux outil de recherche, de veille sanitaire. Saluer aussi la mobilisation autour de cette cause. La pétition « Nous voulons savoir » recueillait 10 000 signatures en une semaine. Jeudi dernier, l’eurodéputée Michèle Rivasi, avec deux ex-ministres de l’écologie Delphine Batho et Corinne Lepage alertaient au cours d’une conférence de presse à Paris : « Protégeons ceux qui alertent sur un risque sanitaire ». Restons vigilants !