Le mésothéliome est une forme rare et virulente de cancer des surfaces mésothéliales qui affecte le revêtement des poumons (la plèvre), de la cavité abdominale (le péritoine) ou l’enveloppe du cœur (le péricarde). Les travailleurs de la plateforme chimique (Rhodia Opérations) de Roussillon (Isère) sont particulièrement atteints par cette forme de cancer, reconnue d’origine professionnelle. Pendant des années les syndicats CGT et les associations telles que CAPER Nord-Isère et CAVAM se sont mobilisées pour obtenir le classement du site industriel dans la liste des sites amiantés dressé au ministère du travail. Patronat et gouvernement se sont farouchement opposés à la demande des travailleurs, mais devant la justice ils ont fini par rendre les armes. Début 2018, la plateforme a été reconnue « site classé amiante », classement ouvrant des droits aux salariés. Notamment au départ en préretraite amiante, sous le régime ACAATA. Facilitant les reconnaissances en maladies professionnelles par la Sécurité sociale et les suivis médicaux post-professionnels, pour les anciens salariés.

Le 27 juin 2016, à l’appel de la CGT et du Caper, plusieurs dizaines de salariés de Roussillon s’étaient rendus au Tribunal administratif de Grenoble pour voir inscrite la plateforme sur la liste des sites amiantés du ministère du travail (photo DL).

Santé Publique France vient de publier dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) du 11 juin un article de Pepin P, Yvon JM, Saura C. intitulé Cancers autour de la plateforme chimique de Roussillon (Isère) qui nous éclaire et confirme totalement les raisons du combat mené par les travailleurs de la plateforme depuis des années. 95 % des cancers de la plèvre attribués aux expositions à l’amiante sur la plateforme chimique ! « Parmi les 19 cas ayant bénéficié d’une enquête standard, 18 ont été exposés professionnellement à l’amiante de façon probable ou très probable. Parmi ces 18 cas, 17 ont déclaré avoir été exposés dans une entreprise de la plateforme chimique de Roussillon et un cas a été exposé dans une autre entreprise située à quelques kilomètres. »

L’étude observe sur la période 2003-2013, le nombre de nouveaux cas de cancer (toutes localisations confondues) parmi les habitants des six communes (Saint-Maurice-l’Exil, Roussillon, Le Péage-de-Roussillon, Salaise-sur-Sanne, Sablons et Chanas totalisant 28 115 habitants) a été de 1 910, dont 1 123 chez l’homme et 787 chez la femme. Sur cette même période, 848 personnes (525 hommes et 323 femmes) domiciliées dans une de ces communes sont décédées d’un cancer.

L’incidence du mésothéliome de la plèvre et le niveau de mortalité pour cette pathologie sont, chez l’homme, plus de cinq fois supérieurs sur le secteur de Roussillon que dans le département de l’Isère, note l’étude publiée. De façon moins marquée, une légère surmortalité par cancers du poumon et du larynx est observée pour les deux sexes. On ne retrouve pas d’autre(s) localisation(s) cancéreuse(s) en excès sur le secteur. L’analyse des données du PNSM permet de valider l’origine professionnelle des mésothéliomes puisque la quasi-totalité des cas ont rapporté une exposition professionnelle à l’amiante dans une entreprise de la plateforme de Roussillon.

Si cette étude montre que le fait de résider autour de la plateforme chimique de Roussillon n’est pas associé à un excès global de cancer. Elle souligne néanmoins que « la complémentarité des données du registre des cancers et du PNSM permet de confirmer l’origine professionnelle des mésothéliomes de la plèvre observés en fort excès sur le secteur. »

Les données publiées montrent que pour ces six communes, pour la période de 2003 à 2013, on enregistre 1 910 nouveaux cas de cancers (6,8 % de la population), sur l’ensemble du département de l’Isère ce taux est à 5,9 %. Le nombre de décès par cancers pour cette même période est de 848 dans ces mêmes communes (3,0 % de la population), alors que pour l’ensemble de l’Isère ce taux est de 2,5 %. Ceci souligne que ce territoire industriel est considérablement marqué par les risques cancérigènes. Cette avancée de la connaissance sur les risques industriels majeurs aux postes de travail confirme la justesse de la lutte menée par les travailleurs de la chimie depuis de nombreuses années, malgré les obstructions du patronat, du gouvernement et des services de santé.

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