Vingt après son interdiction, l’amiante aligne ses victimes. Le 1er janvier 1997, l’amiante a été interdite en France. Pendant vingt ans, Santé Publique France (SPF) a étudié les conséquences de cet isolant sur la santé des Français. L’organisme constate que le nombre de cas de cancers ne cesse d’augmenter. Les premiers symptômes peuvent apparaître jusqu’à 40 ans après avoir été exposé au matériau pour la première fois. Pour neuf hommes atteints sur dix, l’exposition à l’amiante est liée à leur métier alors qu’elle a eu lieu hors du travail pour un tiers des femmes. Pour ces dernières, le nombre de cas a doublé en 20 ans même si elles représentent aujourd’hui moins d’un tiers des personnes atteintes par la maladie. D’après les estimations de SPF, au total, 1 100 nouveaux cas apparaissent chaque année, contre 800 à la fin des années 1990. Comme l’apparition de la maladie peut être tardive, SPF conclut que « l’amiante est et restera encore pendant plusieurs décennies un sujet majeur de santé publique, de santé au travail et de santé environnementale ». En 2014, un rapport du Haut conseil de la santé publique a estimé que l’amiante pourrait être la cause de 68 000 à 100 000 décès par cancer entre 2009 et 2050.

Les affections professionnelles consécutives à l’inhalation de l’amiante sont reconnues par les tableaux 30 et 30 bis de la Sécurité sociale. Parmi les pathologies reconnues l’asbestose (fibrose pulmonaire), les lésions pleurales bénignes (plaques pleurales calcifiées ou non, épaississement de la plèvre viscérale), la dégénérescence maligne broncho-pulmonaire peuvent être reconnues 35 ans après l’exposition. Le mésothéliome malin de la plèvre, du péritoine, du péricarde, comme les autres tumeurs pleurales primitives ou le cancer broncho-pulmonaire primitif peuvent être reconnues jusqu’à 40 ans après l’exposition.

Le secteur du BTP est particulièrement concerné. En 2016, la moitié des personnes atteintes d’un mésothéliome pleural travaillaient ou avaient travaillé dans ce secteur. Les professions les plus exposées à l’amiante sont les chaudronniers, les tuyauteurs industriels, les plombiers et chauffagistes. Les verriers de Givors ont obtenu la reconnaissance de huit cancers liés à l’amiante. Des différences régionales existent également. L’incidence de la maladie est plus élevée dans le Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Est, régions fortement industrialisées : mines, sidérurgie, métallurgie, etc. Avec le temps, la proportion des moins de 60 ans parmi les nouveaux cas diminue, et l’âge au moment du diagnostic recule : il est passé de 60 à plus 75 ans, quelque soit le sexe, entre 1998 et 2017.

L’interdiction de l’amiante en 1997 n’a pas réglé le problème de sa nocivité. Le 26 novembre dernier, des organisations syndicales de l’Education nationale, des associations de parents d’élèves et de lycéens, ainsi que celles de victimes de l’amiante ont écrit au ministre Jean-Michel Blanquer pour réclamer des mesures contre l’amiante en place dans les écoles. Dans un document remis au printemps dernier au CHSCT du ministère, des inspecteurs santé et sécurité au travail avaient observé que 88 % des 175 écoles qu’ils avaient visitées pendant l’année scolaire 2017-2018 étaient susceptibles de contenir ce minéral cancérigène. Dans les 2/3 des écoles, le personnel n’est pas informé du risque. Le laxisme de l’État est encore plus patent, lorsqu’on examine l’état des dossiers techniques amiante (DTA) dont chaque établissement doit être pourvu et qui doit être tenu à jour. Seulement un peu plus de la moitié des écoles en possèdent, mais 36 % sont incomplets, 32 % ne sont pas mis à jour et dans 22 % des situations les matériaux sont dégradés, donc fortement cancérogènes.

Il faudrait explorer aussi l’état des appartements, des immeubles de nos grandes cités construites avant 1997 et qui n’ont pas fait l’objet de réhabilitation pour constater que l’on n’en a pas fini avec le risque amiante dans la vie quotidienne. Et que nous n’en avons pas encore finit de comptabiliser les morts. D’autant plus que depuis plus de vingt ans les associations de défense des victimes agissent toujours pour l’ouverture du procès au pénal visant à fixer les responsabilités du pouvoir dans cette tragédie. Mais l’État résiste, là aussi.

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