Dans la nuit du 25 au 26 septembre 2019, l’incendie de l’usine Lubrizol et de son voisin, Normandie Logistique à Rouen, laissait partir en fumée près de 10 000 tonnes de produits chimiques et des millier de m² de toiture en amiante. Un nuage de fumée noire de 22 km de long s’était formé. Durant plusieurs semaines voire plusieurs mois après l’accident, des habitants de l’agglomération rouennaise se sont plaints d’odeurs émanant du site mais également de symptômes comme des maux de tête ou des vomissements. A la mi-août, les riverains de l’usine avaient ainsi noté un regain de mauvaises odeurs et des émanations de type hydrocarbure, rapportait France 3 Normandie. L’usine a redémarré partiellement mi-décembre 2019 et a été autorisée mi-juillet 2020 à augmenter sensiblement son activité par la préfecture de Seine-Maritime, qui a considéré que la réduction des quantités stockées et les mesures de sécurité entreprises permettaient « de limiter la probabilité et les conséquences d’un incendie ». Comme si rien de grave ne s’était passé

Cet incendie a-t-il laissé des séquelles sur la santé des habitants de l’agglomération rouennaise ? Selon www.francetvinfo.fr/, pour le déterminer Santé publique France a annoncé lundi 31 août qu’une vaste étude épidémiologique sera lancée : « pour décrire la santé et la qualité de vie de la population ». Quatre mille adultes et douze-cents enfants de 122 communes de ce département seront invités à répondre à un questionnaire en ligne ou par téléphone, afin de recueillir « des informations sur leur perception de cette catastrophe industrielle et de leur exposition aux nuisances et pollutions qu’elle a générées, sur les symptômes et problèmes de santé ayant pu être ressentis pendant l’accident et dans ses suites, ainsi que sur leur état de santé actuel ». L’étude interrogera aussi mille adultes et deux-cent-cinquante enfants habitant une « zone témoin », au Havre et ses environs pour comparer. Les premiers résultats de l’étude devraient être disponibles fin 2020-début 2021.

Lubrizol à Rouen, avec un nuage d’hydrocarbures qui a pollué l’atmosphère, les terrains, l’environnement d’une façon générale sur quarante kilomètres.

L’association des victimes considère ce lancement d’enquête épidémiologique pour de la « communication ». Son président Simon de Carvalho alerte sur les odeurs qui persistent un an après l’accident et « qui provoquent des problèmes de santé, des picotements dans l’œil, un retour de l’asthme, la gorge qui pique, et un état d’anxiété ». « Ça ne concerne que 5 000 personnes sur une agglomération de plus de 100 000 personnes. Pour nous, en tant qu’association de victimes, c’est vraiment de la communication », poursuit-il. « Dans le fond, il n’y a pas réellement d’analyse. On nous dit qu’on va décrire la santé et la qualité de vie de la population suite à l’incendie de Lubrizol, et analyser la perception de l’incendie. Qu’est-ce que ça veut dire, la perception de l’incendie ? », s’interroge le président de l’association des victimes de l’incendie qui poursuit : « Ils savent très bien comment on a perçu l’incendie et la façon dont l’État a vraiment mal géré cette crise. Ce que nous attendons, c’est un vrai suivi sanitaire. Il aurait fallu, vu l’ampleur de cette catastrophe, le mettre en place rapidement, dès le premier jour de la catastrophe, pour avoir un temps 0, et pouvoir ensuite le comparer dans le temps. Là on a juste un questionnaire sur la perception », déplore Simon de Carvalho, qui annonce que l’association souhaite faire « des prélèvements sur l’environnement ».

Dans une tribune publiée sur franceinfo un mois après l’incendie et intitulée « Après Lubrizol, plus jamais ça », onze syndicats et associations pointaient la responsabilité des industriels et de l’État. et appelaient à un sursaut dans la politique de gestion des risques industriels et exigeaient : Que soit publiée in extenso la liste des produits brûlés, ce qui passe par la levée des secrets de fabrication ; Que la liste des molécules (PCB, dioxine etc.) qui ont potentiellement pollué les sols, soit connue ; Que soient diffusés les chiffres sur les maladies professionnelles des salariés actuels ou anciens de Lubrizol ; Que les populations soient prises en charge médicalement et que soit mis en place un suivi à long terme, plus particulièrement pour les femmes enceintes et les enfants ; Qu’une estimation du préjudice soit faite le plus rapidement possible par les services de l’État, de façon à ce qu’une aide d’urgence (sous forme d’avance) soit attribuée à toutes les victimes ; Que les salariés de Lubrizol ou d’autres entreprises soient protégés par les autorités s’ils souhaitent témoigner de leurs conditions de travail et de sécurité, ce qui implique un renforcement de la loi sur les lanceurs d’alerte ; Que l’Europe renforce les législations de surveillance des sites SEVESO, et que l’État revienne sur l’assouplissement accordé en 2018 instaurant des périmètres de sécurité pour les projets immobiliers ; Que l’État prévoit, avec les moyens de mise en œuvre, un plan d’évacuation des populations vivant auprès de chaque site à haut risque, chimique ou nucléaire, ainsi que des exercices en conditions réelles ; La mise en place d’autorités sanitaires indépendantes et de procureurs indépendants ; La mise en place de CSSCT à compétences supra-légales étendues avec capacité d’expertise et de droit d’alerte ; Le rétablissement des CHSCT dans les entreprises et l’élargissement de leurs pouvoirs ; Le renforcement des inspections du travail et des installations classées pour la protection de l’environnement en lien avec la CARSAT et la DREAL.

Un an après, on leur sort une enquête pour analyser la « perception de l’incendie », pour noyer le poisson… et le poison ! Après avoir permis à l’entreprise d’étendre ses capacités de stockages dangereux.

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