La pollution de l’usine Arkema de Pierre-Bénite récemment révélée par l’enquête de l’ONG Notre affaire à Tous apporte déjà une réponse négative à cette question. L’analyse retrouve des taux de PFOA, des perfluorés – polluants toxiques éternels – dans le sol, l’air, l’eau et le lait maternel très au-delà des normes admises. Leur toxicité est connue et chacune des substances de perfluorés possède un effet toxique différent. Certains à l’origine de cancers du foie et de l’intestin, d’autres toxiques à la santé des enfant en bas âge, d’autres encore néfastes au système immunitaire.

Mais cette étude sur la pollution d’Arkema révèle aussi l’irresponsabilité de l’entreprise et des autorités. Tout d’abord, il n’existe pas de norme concernant les rejets, nous apprend le directeur de l’entreprise ; beaucoup d’entreprises commettent des infractions sur plusieurs années, malgré les rapports établis par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) ; des infractions assez peu sanctionnées par les services de la préfecture ; le préfet reconnaît que les trois perfluorés utilisés par Arkema et Daikin n’étaient pas réglementés. Voilà qui est déjà édifiant : pas de réglementation, pas de sanction des infractions, et la délinquance des entreprises se poursuit… Pendant ce temps, les cancers se multiplient : 170 000 en 1980, 382 000 en 2018, selon l’INVS-SPF !

F O S E P S E A L * Etude participative en santé environnement ancrée localement sur le front industriel de Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône, janvier 2017. Capture d’écran.

L’industrie peut-elle être écoresponsable ? Dans la vaste zone industrielle de Fos-sur-Mer, c’est ensemble qu’élus, militants associatifs et syndicaux ont décidé d’agir pour protéger la santé. Environnement ou emploi ? Si, dans le golfe de Fos, l’alternative était celle-là, elle serait réglée depuis fort longtemps. Dans cette zone industrielle parmi les plus vastes d’Europe, 200 usines sont installées, dont 17 classées Seveso. Y travaillent 40 000 salariés. Mais y vivent aussi 100 000 habitants. Une véritable poudrière sanitaire à quelques encablures de Marseille.

Ces dernières années, à la demande de ses élus CHSCT présents sur le bassin d’emploi, la CGT locale a contribué à la réalisation de plus de 200 expertises pour évaluer les effets de la pollution sur la santé au travail dans le golfe. « Toutes ont révélé un nombre anormalement élevé de cancers et de diabètes parmi les salariés », témoigne Jean-Philippe Murru, longtemps secrétaire du CHSCT sur le site chimique de Kem One. Des propos que corrobore une étude financée par l’Agence nationale de la sécurité sanitaire qui révèle qu’on dénombre ici trois fois plus de patientes traitées pour des cancers du col de l’utérus et deux fois plus de malades du diabète que partout ailleurs en France. Même si le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence considère « la qualité de l’air dans la région de Fos-sur-Mer est la conséquence de choix effectués au fil des années par les acteurs publics et privés. Il s’en déduit que les troubles [dénoncés] doivent être considérés comme ne présentant aucun caractère anormal ».

Jusqu’aux ordonnances Macron, la CGT affirmait le rôle essentiel des CHSCT en aidant ses élus à se rassembler au sein d’un collectif dédié. Une véritable expertise collective sur les questions de santé en est née. Expertise que le syndicat n’a cessé de parfaire en suivant de près les travaux d’un groupement de médecins généralistes touchant aux effets de la pollution sur les populations de la zone. Ou en entretenant les contacts avec des associations de défense de l’environnement. Surtout, chez ArcelorMittal, l’un des plus importants employeurs du golfe, s’est forgée une manière d’agir qui a contribué à enrichir les militants. Depuis 2010, la CGT multiplie les interventions, débats, études et propositions pour faire valoir une autre conception de la sidérurgie.

« Même une industrie comme la nôtre peut avoir un avenir “pérenne et écoresponsable” », défend inlassablement Alain Audier, secrétaire du CSE d’ArcelorMittal Méditerranée. Avec quelques-uns de ses camarades, le militant en a fait la démonstration en élaborant 43 propositions pour passer de la théorie à la pratique parmi lesquelles, le filtrage et le traitement des fumées mais aussi le développement d’un projet de bioéthanol ou la valorisation biologique des fumées industrielles.

Source : https://journaloptions.fr/ (24/06/2022)