L’ exposome serait une « révolution » dans le domaine de la santé environnement ? Le concept d’exposome a été introduit en 2005 dans le champ de la recherche en épidémiologie par le Pr Christopher Paul Wild, pour stimuler les travaux sur les déterminants « environnementaux » des pathologies humaines chroniques chez l’homme (cancer, diabète, maladies cardiovasculaires…), par opposition aux déterminants génétiques (génome). L’exposome se définit donc comme « l’ensemble des expositions à des facteurs non génétiques favorisant l’apparition de maladies chroniques, auxquelles un individu est soumis de sa conception in utero à sa mort ». En parallèle, les politiques publiques auraient intégré l’exposome dans les programmes d’actions menés en santé environnement.

En France, la notion a été mobilisée pour la première fois en 2015 dans le cadre du 3ème plan national santé environnement (PNSE3) pour permettre « une nouvelle approche de la santé environnementale ». Elle a ensuite été introduite dans la réglementation comme élément structurant des politiques de santé par l’article 1er de la loi de modernisation de notre système de santé (loi 2016-41 du 26 janvier 2016).

Le PNSE4 en cours d’élaboration pour la période 2020-2024 devrait s’articuler autour de ce concept et « mieux connaître l’exposome » constitue l’un des quatre axes du plan. L’expertise de l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques) – intervenant dans l’élaboration du plan – est d’évaluer les propriétés dangereuses des substances chimiques, leur présence dans l’environnement et les risques liés à leur utilisation industrielle. C’est par ce biais que l’Institut a été amené de longue date à traiter des polluants chimiques de l’environnement sous l’angle de la santé des populations.

L’Ineris étudie les expositions environnementales sous divers aspects. L’évaluation de « l’exposition externe » liée à des contaminants spécifiques, la façon dont l’individu est en contact avec des polluants dans son quotidien (niveaux de contamination, transferts dans l’environnement, mode de vie des individus…). L’impact d’un environnement dégradé sur la santé a d’abord été pris en compte à l’échelle de l’installation industrielle (méthodes d’évaluation de risques sanitaires). Cette approche territorialisée a progressivement changé de dimension pour s’intéresser à l’exposition en relation avec une zone géographique plus étendue (région par exemple). L’émergence de la notion d’« inégalités environnementales » a enfin mis en lumière la nécessité de cartographier les situations de surexposition des populations sur l’ensemble du territoire national. https://www.ineris.fr/fr/dossiers-thematiques/tous-dossiers-thematiques/inegalites-environnementales

L’absence des risques industriels est remarquée dans le schéma établi à partir du concept élaboré en 2005. Il est souhaitable que le PNSE4 ne passe à côté des importants risques connus sur les corps humains et provoqués par la pollution industrielle, au travail et à l’extérieur. Cela nécessite d’affiner la définition de l’environnement qui ne saurait se circonscrire à « environnement général externe » diffus ou limité à la pollution du trafic.

Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de coupable identifié pour les 100 000 morts de l’amiante que ce cancérigène avéré doit être évacué des risques environnementaux ; largement employé qu’il est dans les constructions de logements et d’écoles et toujours présent dans les entreprises industrielles et bâtiments agricoles. En France 1 300 sites sont classés « Seveso », 180 dans la région Rhône-Alpes (dont 104 classés majeurs). Les accidents technologiques furent en augmentation de 34 % entre 2016 et 2018 ; le département du Rhône étant le plus remarquable. Dans ce même département – berceau de la chimie industrielle – le taux de puberté précoce est plusieurs fois supérieur à la moyenne nationale, selon Santé Publique France. Dans ce même département, le taux de décès par cancer est parmi les plus élevés, mais il ne bénéficie pas d’un registre de décès par cancer, seulement d’« estimations », alors que la vingtaine de registres départementaux du pays sont traités… par les Hospices civils de Lyon ! Le taux de reconnaissance en maladies professionnelles par le Comité régional de reconnaissance de maladie professionnel (CRRMP) est à 38 %, contre 74 % en Bretagne et 65 % en Alsace Lorraine. Quelle réalité sordide veut-on camoufler ? Si l’on veut mieux cartographier les situations de surexposition des populations voilà un champ de recherche pour l’Ineris en vue du PNSE4 qui ne devrait pas être évité.