L’utilisation mondiale de pesticides n’a cessé d’augmenter depuis les années 90, passant de 1,5 kg/ha en 1990 à 2,6 kg/ha en 2016. Ainsi, les effets délétères potentiels sur la santé humaine de l’exposition aux pesticides constituent actuellement une préoccupation majeure de santé publique. Rappelons que les pesticides comprennent une grande variété de molécules, généralement classées en fonction de leur cible (herbicides, fongicides, insecticides).

Le mercredi 29 juin avait lieu au Ministère de la Santé et de la Prévention la présentation de l’étude Géocap-Agri consacrée aux liens entre viticulture et leucémies aiguës (LA) de l’enfant. Les résultats sont clairs : le risque de développement de LA pour un enfant augmente à chaque augmentation de la proportion de surface en vigne de 10% dans un rayon de 1 000 mètres autour du domicile des enfants.

Le projet Géocap-Agri a vu le jour suite à l’alerte lancée à Preignac en Gironde par un collectif de parents d’enfants malades et une institutrice, dont l’école et la commune sont situées au milieu des vignes. A la suite de quoi une chaîne s’est constituée regroupant le maire qui a fait un signalement aux autorités de santé, une salariée agricole qui s’est procuré le rapport de l’époque rédigé par l’Invs [Institut national de veille sanitaire, intégré depuis 2016 à Santé Publique France], ou encore des médecins de l’association Alerte des médecins sur les pesticides contestant les conclusions du premier rapport publié. L’étude Géocap-agri a été la réponse de l’État face à cette mobilisation.

Un territoire agricole fortement développé et dynamisé par la chimie.

Dans le cadre de GÉOCAP-Agri une étude écologique étudiant le lien entre LA de l’enfant et surface agricole utile à l’échelle communale a déjà été réalisée. Elle montrait ce lien seulement pour la viticulture. Avec l’appui du Registre National des Cancers de l’Enfant et de la géolocalisation des données, la nouvelle étude présentée le 29 juin vient préciser l’étude précédente : quand l’exposition des enfants augmente par la densité de culture en vigne dans un rayon d’un km, le risque de LA augmente lui aussi. Deux études de design différent vont donc dans le même sens.

Aujourd’hui les données scientifiques sont là. Elles viennent compléter un corpus de connaissances important concernant les risques de l’exposition aux pesticides des enfants. Que ce soit lors de l’exposition professionnelle de la mère, ou lors d’une simple exposition domestique, l’Inserm a confirmé en 2021 que le niveau de preuve entre l’exposition aux pesticides et les LA ainsi que les tumeurs cérébrales était élevé. Ce même niveau de preuve est également reconnu pour les malformations congénitales et pour les troubles du neuro-développement. Il manquait, on serait tenté de dire seulement, des preuves de l’exposition liée à la proximité des cultures.

Aujourd’hui c’est aux politiques de prendre leurs responsabilités. La première est de reconnaître que le discours sur l’absence de risques pour les populations vivant au-delà de 5 m et 10 m des cultures (basses et hautes) ne tient pas. Car c’est dans un rayon de 1 000 m que vient d’être mis en évidence cette augmentation de risque de leucémies. Qu’en est-il pour d’autres pathologies, d’autres cultures ? S’il a fallu 5 ans pour Géocap, combien d’années encore pour répondre à ces questions ? Il est appelé à la raison et à l’application du principe de précaution.

La seconde est de donner accès aux données d’utilisation des pesticides à la parcelle. Pour lever tout doute, et assurer la transparence indispensable à la prise de décision publique, il est indispensable que l’Etat rende accessible aux chercheurs mais également aux parties prenantes et aux premiers concernés – les habitants – les registres d’épandage donnant connaissance des molécules utilisées à la parcelle et de leurs quantités.

Il faut cesser de tergiverser, le respect de la santé publique exige d’avantage. Au-delà du principe de précaution à respecter, c’est la question de la traçabilité des risques des produits toxiques pour la santé qui doit s’imposer dans l’environnement, comme au travail.

Sources : www.actu-environnement.com/ (12/07/2022) ; www.generations-futures.fr/ (11/07/2022)