Duralex va réduire son activité en raison de la flambée des prix de l’énergie pendant au moins quatre mois à compter de novembre. Quant à ses salariés, ils seront placés en chômage partiel. C’est en partie aussi le cas pour le groupe Arc, mais d’autres entreprises qui n’ont pas encore sécurisé leurs approvisionnements énergétiques pourraient faire des annonces comparables. « La sobriété c’est la chasse au gaspi, ce n’est pas une baisse de la production industrielle », a pourtant assuré Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, à l’issue du conseil de défense sur l’énergie, refusant de voir que cette situation est la conséquence des politiques néolibérales initiées depuis des décennies.

Certaines entreprises comme Duralex et le groupe Arc, deux fabricants de verre, sont contraintes de réduire leur activité en raison de la flambée des prix de l’énergie. La célèbre verrerie a annoncé qu’elle suspendra l’activité de l’un de ses fours pendant au moins quatre mois à compter de novembre pour économiser de l’énergie et préserver ses finances. « Limiter notre consommation d’énergie dans la période qui s’amorce nous permet donc de préserver l’activité et l’emploi de Duralex », affirme le président de Duralex, José-Luis Llacuna.

« Le secteur du verre est très consommateur d’énergie mais il n’est pas unilatéralement touché par la flambée des prix de l’énergie. Les flaconneries de parfum par exemple ont des marges plus élevées qui leurs permettent d’absorber plus facilement les hausses de coûts », détaille Nicolas de Warren, président de l’Union des industries utilisatrices d’énergie (Uniden). Ce n’est pas le cas pour les produits de Duralex, aux marges moins élevées qui ne permettent pas d’absorber l’augmentation du prix de l’énergie tout en restant compétitif. « La hausse des coûts de l’énergie pénalise davantage les entreprises dont le prix de l’énergie pèse dans le coût de revient », abonde Jean-Sébastien Degouve, président et cofondateur d’Opéra Energie, un courtier en énergie.

Les chiffres donnent le vertige. Sur le marché de gros de l’énergie en Europe, les prix de l’électricité s’envolent littéralement. Vendredi 26 août, c’est à plus de 1 000 euros du KWh (contre 85 euros l’an passé et 50 euros en moyenne les années précédentes) que s’échangeait l’électricité livrable en 2023 en France. Du jamais vu.

Alors que les prix de l’énergie culminent à des sommets, ces entreprises sont particulièrement vulnérables. Le porte-parole des industries utilisatrices d’énergie plaide ainsi pour la mise en place par l’État de mesures protectrices pour faire baisser les coûts de l’électricité. D’autant que « aujourd’hui, la hausse est alimentée par la spéculation où certains anticipent les défaillances à venir d’EDF, ce qui alimente la spirale inflationniste », déplore l’expert. « L’Etat peut agir, on peut par exemple sortir du mécanisme de marché. Il ne faut s’interdire aucune solution », ajoute le responsable.

Tiens, nous y voilà : « sortir des mécanismes du marché » ! Un mécanisme soigneusement élaboré, mis en œuvre et entretenu par les gouvernements successifs en faisant vendre à EDF « au marché », c’est à dire aux spéculateurs, le courant plus bas qu’il lui revient à produire. Nous y voilà, même les industriels commencent à ce poser cette question sur la privatisation de l’énergie.

Le patronat n’est pas le seul à s’interroger. Un levier simple que le gouvernement, pourtant, refuse obstinément d’actionner, existe : « La seule solution est le retour à un véritable service public. Il faut prendre conscience qu’au même titre que celui de l’eau ou de la santé, le service public de l’énergie a besoin d’être renforcé, développé », explique Sébastien Menesplier, secrétaire général de la CGT mines-énergie (FNME-CGT).

Sources : www.novethic.fr/ (05/09/2022) ; www.humanite.fr/ (29/08/2022)