Pire que l’amiante, les phtalates dans le plastique pourraient causer 100 000 décès prématurés par an aux Etats-Unis, selon une étude de l’université de New York. Selon ses auteurs, c’est la première fois qu’une étude établit un lien direct entre une exposition à ces produits et des décès dus à des maladies cardiovasculaires ou à des cancers aux Etats-Unis.

Le phtalate, on en retrouve dans des aliments et objets du quotidien comme les vêtements, les cosmétiques ou encore les jouets. La présence de phtalates – des composés chimiques – dans les matières plastiques pourrait provoquer la mort prématurée chaque année de 100 000 Américains de 55 à 64 ans, selon une étude de l’école de médecine Grossman de l’université de New York, publiée dans la revue Environmental Pollution et rendue publique mardi 12 octobre.

Ces phtalates sont considérés comme des perturbateurs endocriniens nocifs pour la santé, mais le lien direct entre une exposition à ces produits et des décès dus à des maladies cardiovasculaires ou à des cancers aux Etats-Unis n’avait pas encore été établi de manière certaine, note l’étude. « Nos conclusions montrent qu’une plus grande exposition aux phtalates est liée à une mort prématurée, en particulier de maladie cardiaque », estime l’un des auteurs, Leonardo Trasande, cité dans un communiqué. « Jusqu’à présent, nous savions que les produits chimiques provoquaient des maladies cardiovasculaires, qui sont une des premières causes de décès. Mais nous n’avions pas encore lié directement ces produits chimiques à la mortalité », a ajouté ce scientifique de l’université de New York, signataire de ces travaux avec deux collègues de l’université de l’Iowa, Buyun Liu et Wei Bao.

Les chercheurs ont analysé les effets de l’exposition aux phtalates sur une population de 5 303 adultes de plus de 20 ans. L’étude et les analyses biologiques des participants se sont déroulées entre 2001 et 2010, avant que ne soient décortiquées les statistiques de mortalité jusqu’à la fin de 2015. Les analyses de données ont été extraites en juillet 2020. En « extrapolant [les résultats] à la tranche d’âge de la population américaine de 55 à 64 ans, nous avons identifié 90 761 à 107 283 décès attribuables » à l’exposition aux phtalates, explique l’étude. Les chercheurs ont aussi calculé le coût économique de ces décès prématurés pour les Etats-Unis, en termes de perte de productivité : « de 39,9 à 47,1 milliards de dollars par an », selon eux.

« D’autres études devront corroborer ces observations et identifier les mécanismes [à l’œuvre], mais les autorités régulatrices doivent agir de manière urgente », plaide l’étude de l’université de New York.

Les phtalates (plastiques souples, cosmétiques…) font partie des perturbateurs endocriniens parmi lesquels on retrouve le bisphénol A (plastiques), les polybromés, (matériels électroniques, ameublement), les perfluorés, les pesticides (111 sur 287 pesticides évalués par l’agence européenne EFSA), les rayonnements ionisants…

Les perturbateurs endocriniens peuvent agir sur le système endocrinien (ensemble des organes qui ont la capacité de relâcher des hormones dans le sang). Toutefois, on s’interroge sur leur responsabilité complète ou partielle sur la diminution de la qualité du sperme et l’augmentation des cancers des testicules ou des cancers hormono-dépendants comme le cancer du sein et de la prostate. Les pubertés précoces pourraient également être dues en partie à une exposition aux seuls perturbateurs endocriniens. La perturbation de l’action des hormones thyroïdiennes est en outre suspectée de favoriser les maladies mentales ou des pathologies comme l’autisme et l’hyperactivité. Enfin, les perturbateurs endocriniens pourraient aussi jouer un rôle dans les maladies métaboliques, comme le diabète ou l’obésité, selon Patrick Balanguer, chercheur en cancérologie à l’institut de Montpellier

Sources : https://www.francetvinfo.fr (13/10/2021)