La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publie une nouvelle étude sur les inégalités sociales face aux maladies chroniques. À partir de données socio-fiscales appariées aux données de santé (EDP-Santé), cette étude décrit, pour la période 2016-2017, les inégalités sociales d’incidence, de prévalence et d’espérance de vie face aux maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardioneurovasculaires, les maladies psychiatriques, les maladies neurologiques, les maladies du foie les maladies respiratoires chroniques ou encore les cancers.

Les personnes les plus modestes (préciser : ouvriers, employés liés à la production, à la manipulation, au stockage, au transport, etc. ) développent beaucoup plus souvent des maladies chroniques. Entre 2016 et 2017, les 10 % les plus modestes de la population française développent plus souvent une maladie chronique que les 10 % les plus aisés, à âge et sexe comparables : 2,8 fois plus de diabète, 2,2 fois plus de maladies du foie ou du pancréas, 2,0 fois plus de maladies psychiatriques, 1,6 fois plus de maladies respiratoires chroniques, 1,5 fois plus de maladie neurologiques ou dégénératives et 1,4 fois plus de maladies cardioneurovasculaires. En revanche, les personnes les plus modestes développent relativement moins de cancers. Ce constat ne tient cependant pas compte des éventuelles inégalités sociales devant le recours au dépistage et des différences selon le type de cancer.

Les anciens verriers de Givors intoxiqués (20/06/2009).

Le risque de déclarer une maladie chronique est aussi très variable entre les groupes socioprofessionnels. Les ouvriers et employés développent plus souvent une maladie chronique que les cadres et professions intellectuelles supérieures. Ainsi, les ouvriers ont deux fois plus de risque de développer une maladie psychiatrique que les cadres et professions intellectuelles supérieures. Le risque est multiplié par 1,9 pour le diabète, 1,5 pour les maladies neurologiques ou dégénératives et les maladies du foie ou du pancréas, 1,4 pour les maladies respiratoires chroniques et 1,3 pour les maladies cardioneurovasculaires.

En revanche, aucune différence significative de risque n’a été mise en évidence pour ce qui concerne les cancers. Pourtant, la recherche eut été intéressante, car en 1980 se révélaient 170 000 cancers, leur nombre évoluait à 382 000 en 2018 ; plus que doublé en 38 ans, selon l’INVS ! Mais seulement 0,5 % sont reconnus en maladie professionnelle. D’après la CNAM, qui a établi une répartition sectorielle des cancers pris en charge en AT/MP (2003-2017), les différences sont notables d’une branche d’activité à l’autre. Et dans ces branches la différence doit être notable entre encadrants et exécutants (« revenus modestes »). Dans la métallurgie 39 %; BTP (hors bureaux) 24 %; Transports, EGE, etc. 7 %; chimie, caoutchouc 9 %; bois, ameublement 9 %; commerce non alimentaire 4 %; services (banques, assurances, administration) 4 %; services (travail temporaire, action sociale, santé, nettoyage) 4 %. Mais sur les lieux de travail, on n’aime pas trop chercher… Pourtant, selon Santé Publique France (2017) 2 millions d’hommes et 600 000 femmes étaient exposés aux cancérogènes sur leur lieu de travail.

Comme elles développent plus souvent des maladies chroniques, les personnes les plus modestes (ouvriers, employés) sont aussi plus nombreuses à vivre avec l’une de ces maladies, et ce, bien que leur mortalité soit relativement plus élevée lorsqu’elles sont malades. Les inégalités sociales sont particulièrement marquées face au risque de vivre avec une maladie psychiatrique : les personnes les plus modestes vivent 2,8 plus souvent avec une maladie psychiatrique que les personnes les plus aisées alors qu’elles ne développent que 2,0 fois plus de maladies psychiatriques. La maladie affecte le niveau de vie : en effet, certaines maladies psychiatriques, si elles sont développées tôt dans la vie, peuvent réduire les chances de faire des études ou d’avoir un emploi, ce qui pèse négativement sur le niveau de vie.

Source: https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/