Un document « démolition du bâtiment décor » publié par VMCom, le journal de la direction de la verrerie de Givors en janvier 1991 donne un aperçu par les conditions de travail des femmes dans cet atelier. On remarque la confirmation des risques chimiques soulignés par le rapport médical de 1965 relevant que 32 personnes sont exposées au saturnisme (présence excessive de plomb dans l’organisme. Le plomb pénètre dans le corps par les voies respiratoires et digestives. Il a des effets nocifs particulièrement chez l’enfant, ainsi que chez la femme enceinte et son bébé contaminé par voie sanguine). C’est pourquoi l’entreprise mettait à disposition du lait… Mais le témoignage relève qu’aucune protection n’était mis à disposition des ouvrières.

SOUVENIRS. Devenu insalubre en décembre 90, d’origine Four 5, la grande bâtisse avait abrité l’atelier décor de 1954 a 1969. Sept “anciennes” de cette période : Christiane, Marie, Marinette, Michèle, Marie-Lou et Pascaline, toutes occupant d’autres fonctions dans l’usine – secrétaire, rechoisisseuse, standardiste… – évoquent pour nous les odeurs de peinture et les gestes du passé.

Christine, Georgette, Marie, Marinette, Michèle, Marie-Lou,
Pascaline_ VMCom 01.1991

Venues poser pour la photo du souvenir, elles font résonner les lieux du rire de leurs 18 ans, âge où elles ont débuté au décor. Une bribe de souvenirs par ci, une bribe de souvenirs par la et l’écheveau sans fin se déroule pour nous…

« Nous travaillions en équipe 2 x 8 de 4 h à l2 h ou de l2 h à 20 h. Au total nous étions une trentaine avec l’équipe de la ligne à la journée. Chaque décoratrice suivait les articles sur la chaîne, en sautant de poste en poste toutes les 1/2 heures pour éviter la monotonie. La grosse pendule accrochée au mur ne permettait aucun écart. Le travail était dur, mais il régnait un bonne ambiance… et nous étions motivées ».

DANS LE DECOR ! Les bouteilles de verre blanc ou couleur, parfois fabriquées ailleurs, étaient stockées sur des palettes. Elles arrivaient généralement à l’atelier très sales et même quelquefois gelées. La décoratrice les plaçait dans la laveuse à godets. MM. GAZET ou GEGISHIA. manutentionnaires, avaient préparé le mélange à base de soude. Les bouteilles lavées étaient placées par la décoratrice, équipée pour la circonstance d’un tablier toujours dégoulinant d’eau, sur le tapis roulant pour être conduites au séchage. « Pas de protections individuelles ! » se souvient Marinette, coupée gravement au pied, elle a dû s’arrêter pendant 11 mois.

Les bouteilles séchée étaient saisies par la main droite et placées sur l’écran de la 1ère couleur du décor. Pendant que la main gauche évacuait les bouteilles précédemment décorées. « Difficile de saisir les articles à goulots trop étroits ». Les bouteilles subissaient ensuite un premier contrôle devant une mireuse avant de passer au deuxième écran couleur. « Attention de bien caler, à l’aide d’une glace, la bouteille pour que le dessin définitif soit net ». Travail délicat, fait a une cadence de 2 minutes par bouteille, avec un écart de plus ou moins de l millimètre autorisé sur le décor.

DES SOUVENIRS ODORANTS. Il fallait veiller également à ne pas crever l’écran monté par les spécialistes, sinon… tant pis pour les jupes ! Elles étaient elle aussi décorées par la peinture chaude. A ce propos, les décoratrices se souviennent encore de leur débuts, des émanations nocives de peinture et de devoir boire du lait « pour éviter la perte de globules rouges ». Le soir. les vêtements étaient encore imprégnés de cette odeur. Michèle évoque avec beaucoup de nostalgie le travail de son père, Monsieur GOUBY, chargé de la préparation des peintures.

LA CHAINE CONTINUE. A la sortie du deuxième écran couleur – elles pouvaient aller de l’or aux pastels – les bouteilles contrôlées une seconde fois, étaient déposées sur l’arche de cuisson en veillant… à ne pas toucher au décor. Pas d’interruption possible dans « l’enfournage » de l’arche pour conserver une température de 600° dans le four. Des rebuts, placés à proximité, permettaient lors d’incidents ou changement de fabrication de remplacer les bouteilles manquantes. Les articles décorés : de la bouteille à lait, vin, limonade… au yaourt pour la ligne à la journée, étaient ensuite emballés par 2 hommes. Le chef d’atelier, M. EVENO, donnait le signal du casse-croûte par un vigoureux coup de sonnette. Tout le monde s’égail1ait dans le local annexe où les fou-rires ne manquaient pas. Les voisins d’atelier se souviennent encore… Elles chantaient quelquefois si fort qu’ils étaient obligés de leur demander le calme. Le bâtiment démoli pour des raisons de sécurité, les souvenirs eux restent bien vivants. « Et le jour où… ». Laissant là nos « Décoratrices » nous sommes partis sur la pointe des pieds.

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