En 2019, seulement 1790 cancers d’origine professionnels ont été reconnus, soit moins de 1 % des cancers professionnels estimés. Le combat des verriers de Givors montre assez les difficultés rencontrés pour obtenir réparation. Chaque année, on compte 3 000 décès dus aux cancers de l’amiante, combien sont-ils reconnus en maladie professionnelle ?

Les cancers d’origine professionnelles peuvent être reconnus en grand nombre mais il faut le vouloir ! L’étude publiée, réalisée par l’Institut du cancer Avignon-Provence (ICAP), a pour objectif de montrer l’efficacité de la méthodologie mise en œuvre pour améliorer la détection et l’indemnisation des cancers bronchopulmonaires d’origine professionnelle.

Entre novembre 2014 et décembre 2020, tous les patients auxquels un cancer bronchopulmonaire primitif (dont le mésothéliome) a été diagnostiqué ont reçu un questionnaire libre (Curriculum Laboris) visant à retracer leur carrière professionnelle et certaines données sociodémographiques. Après une première analyse du questionnaire, une consultation peut être programmée si des expositions sont suspectées. Elles seront alors confirmées ou non, lors d’une consultation d’une heure et demie environ, durant laquelle le parcours professionnel précis du patient est exploré.

Parmi les 498 questionnaires patients reçus, 261 patients (52 %) ont bénéficié d’une consultation. Sur l’ensemble des patients vus en consultation, 198 (soit 76 %) ont eu une proposition de déclaration de maladie professionnelle. Parmi les 151 déclarations effectuées dont le devenir est connu, 107 (soit 54 % des propositions de déclarations ou 21 % des questionnaires concernant les cancers primitifs du poumon) ont reçu un accord de reconnaissance de la part de la Sécurité sociale.

Parmi les 198 patients à qui a été proposée une déclaration de maladie professionnelle, sont répertoriés : cent cinquante-six (79 %) patients exposés significativement à l’amiante (RG 30-30bis RA47) ; quatorze (7 %) patients exposés à l’arsenic (RA10-RG20- 20bis), notamment chez de vieux vignerons. En effet, jusqu’en 2011, l’arséniate était utilisé en traitement d’hiver contre l’ESCA de la vigne à des doses de trois à cinq kilogrammes par hectare ; six (3 %) patients exposés aux rayonnements ionisants (RG.6) essentiellement dans les sites nucléaires de Marcoule (30) et Tricastin (26) ; trois (2 %) patients exposés aux goudrons, brais, de houille (RG.16bis) soit lors du goudronnage, soit en sidérurgie à la fabrication de coke ; deux (2 %) patients exposés dans des mines de fer (RG.44bis) ; dix (5 %) patients exposés à la Silice (RG25-RA22). La plupart des patients avaient été exposés significativement à plusieurs de ces cancérogènes pulmonaires tel que amiante et rayonnements ionisants dans les sites nucléaires. Le choix du tableau de maladie professionnelle déclarée privilégiait l’amiante mieux indemnisée.

La sous-déclaration massive des cancers professionnels à l’heure actuelle en France, puis la sous-reconnaissance de l’origine professionnelle de la pathologie constituent un vrai problème de santé publique. Les deux enjeux majeurs de la reconnaissance des maladies professionnelles sont, d’une part, la réparation du préjudice subi par les victimes ou leurs ayants droit et, d’autre part, l’adaptation des programmes de prévention nationaux prenant en compte les risques passés, présents et émergents.

Sources : www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0007455122002272?via%3Dihub ; www.amiantemaladieprofessionnelle.com/