Le scandale des rejets polluants dans le Rhône par l’usine ARKEMA de Pierre-Bénite (www.verriers-givors.com, 19/05/2022) n’a pas manqué d’inquiéter populations et élus des communes en aval de la zone industrielle polluante. Il y a en effet de quoi ! L’eau captée à Ternay et Grigny qui alimente les robinets de 200 000 personnes présente des taux respectivement 4 fois et 2 fois supérieurs à ce même étalon.

Arkema à Pierre-Bénite dont les rejets d’eau polluée ne sont pas soumis à réglementation…

Un taux de PFAS (poly et perfluoroalkylées) à Pierre-Bénite, sur le proche stade, 83 fois supérieur à la norme internationale (notamment aux Pays-Bas). Le prélèvement sur le canal usinier qui est lui 36 000 fois supérieur à un prélèvement étalon effectué en amont. Et enfin une présence dans l’air 4 à 8 fois supérieures aux recommandations des Nations Unies. Autant de chiffres qui inquiètent à juste titre. Dans le lait maternel, des taux de PFAS supérieurs à la moyenne des femmes françaises ne laissent pas indifférent.

Les maires de Givors et Grigny ont interpelé les organismes responsables de la fourniture de l’eau potable et des questions de santé environnementales, particulièrement la Métropole de Lyon et l’Autorité Régionale de Santé (ARS). Les maires des deux communes tiennent à informer la population particulièrement inquiète de ces pollutions (Le Progrès, 13/06/2022).

Les premières mesures fournies par la Métropole de Lyon révèlent un taux de 12 ng/litre de perfluorés dans l’eau potable. Mais cette mesure ne porte que sur deux perfluorés. Evidemment, le taux se situe bien en dessous de la norme européenne qui n’entrera en vigueur qu’en janvier 2026. Dans ces condition, le site Internet de la Préfecture du Rhône peut communiquer : « l’ARS ne recommande pas de restriction de la consommation de l’eau » ! D’abord, parce que la norme n’est pas en vigueur, et ensuite parce que le taux est bien inférieur à la future norme !

SAUF. Sauf que la Métropole de Lyon a fait parvenir aux maires de Givors et Grigny les résultats de la campagne de mesure de 20 perfluorés qu’elle a diligentée pour contrôler les eaux prélevées dans les réservoirs de Grigny et Givors. Les dernières mesures, contrôlant cette fois 20 perfluorés, font apparaître une concentration de perfluorés comprise entre 138,2 ng/L à Grigny et 166,6 ng/L à Givors pour le captage de Ternay dont dépendent les deux communes, soit un taux bien supérieur à la future norme.

Même si pour chacun des perfluorés le taux est en dessous de cette valeur limite, la multiplication des perfluorés – non mesurés – donne un cocktail explosif pour l’organisme. Si l’on est exposé à trois produits toxiques, c’est la somme de ces trois expositions qui fait l’exposition réelle… Même si les valeurs limites sont respectées pour chacune, cela n’implique pas l’absence de risque.

En conséquence, « Ces nouvelles mesures, écrivent les maires, plus précises méritent de la part des autorités compétentes (Métropole de Lyon, Syndicat mixte d’eau potable Rhône-Sud) et de contrôle (ARS et DREAL) des réponses, mais aussi la mise en œuvre de mesures régulières qui permettront aux collectivités et populations d’apprécier au mieux l’évolution des concentrations des perfluorés. »

Et de demander « que l’ARS et la DREAL diligentent une enquête sur l’origine de la pollution pour la faire cesser, et nous tiennent informés de ses conclusions ; à ce que les autorités compétentes, la Métropole de Lyon et le Syndicat mixte d’eau potable Rhône-Sud, proposent des solutions pour que l’eau des Grignerots et Givordins soit conforme et de qualité, sans exclure si besoin un raccordement de nos communes au champ captant de Crépieux-Charmy à titre temporaire. »

Il faut arrêter de jouer avec les valeurs limites et de tromper la population avec des mesures tronquées, ne prenant en compte qu’une partie des polluants… pour se situer dans la norme.