En France, le travail de nuit concerne 4,3 millions de personnes et continue à se développer. Ce nombre a augmenté de 1 million entre 1990 et 2013, atteignant 16,3 % de la population active, souligne le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de Santé publique France publié en mars 2019. Le travail de nuit habituel a plus que doublé durant cette période, passant de 800 000 (3,6 %) à 1,9 million (7,2 %) de salariés, alors que le nombre de travailleurs de nuit occasionnels a légèrement baissé, passant de 2,5 millions (11,4 %) à 2,4 millions (9,1 %). Le secteur tertiaire compte de loin le plus grand nombre de travailleurs concernés. C’est aussi dans ce secteur que l’augmentation est la plus importante, passant de 500 000 en 1990 à près de 1,5 million en 2013. Dans une étude publiée en juin 2018, les services statistiques du ministère du Travail constataient que désormais plus de 10 millions de salariés étaient soumis à des horaires « atypiques », à travailler au moins une fois par mois le soir, la nuit ou le week-end, (www.sante-et-travail.fr/, 9/07/2018). C’est dire l’importance que revêtent de nos jours ces conditions de travail particulières conduisant à détériorer précocement la santé.

Jours et nuits, dimanches et fêtes,
les feux continus en verrerie
imposent le rythme
de travail.

Dans l’industrie du verre d’emballage, production à feu continu du verre, conduit à connaître un fort taux de travailleurs en équipes alternantes jour et nuit, dimanches et fêtes compris. A la verrerie de Givors, sur une statistique établie par l’association en 2010, on observait sur 227 anciens verriers de (dont 148 étaient décédés) 161 travaillaient en équipe alternée, dont en partie de nuit (les 3x8h ou 5x8h).

Le travail de nuit augmente la mortalité. Si l’on sait déjà que le travail de nuit perturbe l’horloge biologique et a des conséquences sur la santé (obésité, effets cardiovasculaires…), il semble se confirmer qu’il augmente les risques de mortalité, et ce, à partir de six années de pratique. Une étude publiée dans l’American Journal of Préventive Medecine a suivi une cohorte de 75 000 infirmières américaines sur 22 ans. À partir de six ans de travail de nuit, les participantes étaient exposées à un risque accru de 11 % de mortalité, toutes causes confondues. Cette augmentation réelle confirme de précédentes études. Depuis 2007, l’Organisation mondiale de la santé considère le travail de nuit comme un cancérogène probable (http://www.travail-et-securite.fr/, mars 2015)

Les risques sur la santé. Ce sont les troubles du sommeil, troubles quantitatifs (diminution du temps de sommeil) et qualitatifs (difficultés d’endormissement, insomnies) ; des perturbations plus ou moins sévères des fonctions digestives (nausées, diarrhées, prises de poids, colopathies fonctionnelles, ulcères gastriques) ; des troubles nerveux pouvant aller de la simple irritabilité jusqu’à des états dépressifs ; une augmentation modérée des risques cardiovasculaires… Le « travail de nuit posté » a été classé par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS comme agent probablement cancérogène. Enfin, des études récentes suggèrent une augmentation possible du risque du cancer de la prostate et du côlon. La durée d’exposition joue un rôle déterminant dans l’apparition de ces troubles et, lorsqu’ils sont avérés, ils ne sont pas réversibles, c’est à dire qu’ils ne disparaissent pas avec un retour avec des horaires standards.

Parmi les dix facteurs de pénibilité, introduits dans les dispositions du Code du travail par la loi du 9 novembre 2010, on retrouve les rythmes de travail : Travail de nuit dans certaines conditions ; Travail en équipes successives alternantes ; Travail répétitif. Avec les contraintes physiques marquées : Manutentions manuelles de charges ; Postures pénibles définies comme positions forcées des articulations ; Vibrations mécaniques – l’environnement physique agressif : Agents chimiques dangereux, y compris les poussières et les fumées ; Bruit ; Températures extrêmes – Mais la loi sur le « dialogue social et l’emploi » d’août 2015 est venue réduire le champ des informations disponibles avec la suppression de quatre facteurs importants de pénibilité, comme les postures et la manutention de charges qui sont la première cause de maladie professionnelle déclarée et les agents chimiques dangereux, première cause de cancer professionnel.

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