Dans une tribune publiée cette semaine sur le site de francetvinfo, les Prs Philippe Colombat, hématologue au CHU de Tours, Éric Galam, professeur de médecine générale à l’université Paris-Diderot ainsi que Matthieu Sibé, maître de conférences en sciences de gestion à l’université de Bordeaux, tous trois experts de l’Observatoire national de la qualité de vie au travail des professionnels de santé et du médico-social (ONQVT), expliquaient pourquoi ils ont remis leur démission. Le Pr Galam a confié son amertume au Quotidien du médecin.

Cet organisme était issu de la stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail lancée en 2016 par l’ex-ministre de la Santé, Marisol Touraine. « Il faut mettre les choses en perspective, explique le Pr Galam au Quotidien. Au moment de son lancement, la stratégie était quelque chose de costaud, fait pour s’inscrire dans la durée. Elle avait d’ailleurs été complétée par un volet ambulatoire en mars 2017. »

Outre l’observatoire, cette stratégie comprenait le dispositif national de médiation pour régler les conflits hospitaliers et une mission ministérielle. « Au sein de l’observatoire, nous avons beaucoup travaillé à collecter des données et élaborer des recommandations, raconte le Pr Galam. Mais travailler dans notre coin ne sert à rien si on n’est pas accompagnés pour diffuser les recommandations. Nous avons, à plusieurs reprises, exprimé notre besoin d’accompagnement qui n’a malheureusement pas été entendu. » Bénévoles, les trois experts auraient souhaité bénéficier de l’appui de deux ou trois postes salariés.

D’où leur démission après une rencontre avec le ministre en juillet dernier, conclue par une promesse non suivie d’effet. « La crise du Covid a évidemment aggravé les difficultés des soignants et pourtant notre observatoire n’a même pas été partie prenante du Ségur, se désole le Pr Galam. La santé des soignants, c’est un sujet vivant qui ne se traite pas qu’avec de l’argent, qui d’ailleurs n’est pas encore arrivé. Le sujet ne doit pas être limité à la santé mentale ni au bien-être ! Il faut travailler sur la santé professionnelle, ce qui passe par de la formation, la valorisation des retours d’expériences et l’intégration de la question de la qualité de vie au travail dans le management. »

À ce titre, depuis sa création effective en juillet 2018, par Agnès Buzyn, l’observatoire a multiplié les groupes de travail et formulé des préconisations sur la préservation des collectifs de travail, la nécessité de former au management tous les cadres, la mise en œuvre de la qualité de vie au travail en milieu ambulatoire (exposé à l’exercice isolé) ou encore la constitution d’un réseau d’équipes de recherche.

Récemment, une enquête par questionnaire auprès des médecins généralistes sur le sujet de leur équilibre professionnel a été lancée. Un congrès sur la qualité de vie au travail était envisagé en 2022. Pour l’instant, le projet est au point mort.

Justement, pour confirmer ces propos, mardi 11 Janvier 2022 plusieurs centaines de personnes ont défilé mardi à Paris pour plus de moyens et de postes pour l’hôpital public lessivé par les vagues successives de Covid-19, et exiger l’arrêt des fermetures de lits. Mais aussi pour obtenir de meilleurs salaires et l’amélioration des conditions de travail.

« Aujourd’hui, des lits sont fermés dans les hôpitaux publics par manque de personnel, alors que nous sommes en plein crise sanitaire. Voilà la situation » résume amèrement Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93. Le médecin interpelle à ce propos le gouvernement, pointant les contradictions de son discours: « En 2019 quand nous étions déjà dans la rue, vous avez refusé de mettre en place un grand plan massif de formation et d’embauches. Et aujourd’hui vous dites: ‘On aimerait bien ouvrir des lits mais il n’y a pas de personnel’ » ? souligne-t-il, alors que le temps écoulé aurait pu permettre à une première cohorte d’infirmières de sortir d’école. Le président des riches n’a que faire des conditions de travail !

Source : www.lequotidiendumedecin.fr/ (14/01/2022) ; www.humanite.fr/ (11/01/2022)