La silice engendre des pathologies professionnelles parmi les plus graves. Jusqu’à une période récente, on les pensait réservées aux mineurs, notamment avec la silicose. Mais selon le rapport que vient de publier l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), 365 000 travailleurs en France sont quotidiennement exposés à la silice cristalline (Enquête Sumer 2017), un minéral classé cancérogène par l’OMS mais pas reconnu comme tel dans le droit français.

Ces travailleurs seraient en contact avec de la silice cristalline, présente en particulier dans le quartz, mais aussi le sable, le granit, le béton, le mortier ou les briques. 23 000 à 30 000 d’entre eux, seraient exposés à des niveaux d’exposition qui dépasseraient la valeur limite de 0,1 mg par m³. C’est ce qui ressort d’une enquête publiée par l’Anses en mai dernier . En 1997, la silice cristalline avait été classée comme « substance cancérogène avérée pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Mais la législation française le considère encore – 20 ans après – « agent chimique dangereux », mais pas encore comme « cancérogène ».

Selon l’Agence, le secteur le plus exposé est celui de la construction avec 12,3 % des travailleurs en risque. Les entreprises fabriquant des produits minéraux non métalliques (ciment, verre, briques…), la métallurgie et les industries extractives sont également concernées, mais la silice, présente dans « une grande variété de produits de consommation courante », peut « être à l’origine d’une exposition de la population générale ». La Sécurité sociale, dans ces tableaux de maladies professionnelles – tableau 25 pour le régime général et 22 pour le régime agricole – reconnaît les risques jusqu’à 35 ou 40 ans après une exposition de 5 à 10 années. C’est dire la difficulté de faire le lien entre une pathologie et son exposition au début de sa carrière professionnelle.

Dans un atelier confiné, sans aspiration, sans protection, sans humidification les ouvriers exposés aux poussières… d’une « capacité augmentée », selon le journal de l’entreprise.

Un ancien verrier de Givors qui travailla à VMC-BSN-Danone de 1973 à 1999 est décédé à 65 ans. « Victime d’un empoussièrement assez important, surtout comme ouvrier opérateur à la verrerie VMC », il a été reconnu en maladie professionnelle au tableau 25 pour une silicose pulmonaire par la Sécurité sociale. Cet ouvrier, affecté secteur « choix » a passé toute sa carrière au « groisil », sous les machines de production, au réceptacle de tous les rebuts de fabrication et leur recyclage.

Selon l’Agence, l’exposition professionnelle à la silice est associée, « de manière certaine », à plusieurs atteintes pulmonaires, en particulier la silicose. Le lien avec le développement du cancer broncho-pulmonaire est également « confirmé », tout comme le risque accru de contracter une maladie auto-immune (comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde) ou des pathologies respiratoires non malignes telles que la tuberculose. Les maladies professionnelles en lien avec une exposition à la silice concernent environ 200 à 300 cas par an.

L’ agence Anses recommande à la France d’appliquer la directive européenne de 2004 qui reconnaît le caractère cancérogène de la silice, alors que dans le Code du travail, la silice cristalline est actuellement reconnue comme agent chimique dangereux, mais pas comme cancérogène. Elle propose aussi de revoir les valeurs limites en vigueur pour les travailleurs, le seuil de 0,1 mg par m³ n’étant « pas suffisamment protecteur » et de réviser les tableaux des maladies professionnelles existants en conséquence. A cette occasion, l’Anses rappelle que L’OSHA(Occupational Safety and Health Administration aux Etats-Unis) a établi en 2016 une VLEP-8h de 0,05 mg.m-3 pour la silice cristalline alvéolaire et proposé la valeur de 0,025 mg.m-3 comme valeur d’action. Cette dernière valeur correspond également à la valeur limite établie pour la silice cristalline par l’ACGIH (American Conference of Governmental Industrial Hygienists) en 2010. La France qui parle beaucoup de prévention a beaucoup à s’inspirer de la réflexion menée à l’étranger en ce domaine.

https://www.anses.fr/fr/system/files/AIR2015SA0236Ra.pdf
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