L’absentéisme a fortement augmenté en 2020, à la faveur de la crise sanitaire. Selon le baromètre 2020 du courtier Gras Savoye Willis Towers Watson, le taux d’absentéisme des salariés a augmenté de 20 % l’année dernière pour atteindre 5,04 % en moyenne (4,18 % en 2019). Plus d’un salarié sur trois s’est retrouvé au moins une fois en arrêt de travail en 2020, alors qu’ils étaient 28 % dans ce cas en 2019. Une augmentation liée aux arrêts maladie (83 % des arrêts), le taux d’absentéisme pour accident du travail et maladie professionnelle restant quasi stable, aidé par le confinement. « Le côté atypique de l’année passée ne change pas le cœur du problème pour les entreprises : le taux d’absentéisme poursuit une tendance à la hausse ininterrompue depuis la première édition du baromètre en 2016 », note l’étude du courtier.

La stabilité du taux d’absentéisme consécutif aux accidents du travail et maladies professionnelles n’est pas seulement lié au confinement. Il est directement imputable à une politique patronale qui s’oppose à la reconnaissance de la dangerosité des entreprises et des conditions de travail. En 2006 la CGT-chimie avait intercepté une note interne de 30 pages de TOTAL, qui avait expliqué à ses ressources humaines comment refuser systématiquement de reconnaître toute maladie professionnelle. Cette politique patronale n’est pas nouvelle.

A la verrerie de Givors, l’absentéisme représentait un problème constant et important dans l’entreprise. En septembre 1988, la direction diffuse des chiffres : l’absentéisme atteint un taux de 7,59 %, en progression sur l’année précédente (6,79 %). Même au niveau des accidents du travail nous constatons une progression des jours d’incapacité 1 377 contre 1 108 l’année précédente. Les compte-rendus des réunions du CHSCT donnent une partie de la réponse de l’importance de l’absentéisme maladie. Après que le représentant de la direction eut avancé « à titre indicatif un jour d’absence en A.T. [accident du travail] coûte en moyenne de 5 à 6.000 francs/jour », « les membres du CHSCT demandent que sous prétexte de faire baisser les A.T. on ne fasse pas changer les A.T. en maladie ». Le taux d’absentéisme ne sera pas maîtrisé. Dans les journaux d’entreprise , comme dans le Bilan social annuel, les pourcentages sont révélateurs : 7,1 % en 1991, 7,2 % en 1992, 8,7 % en 1999, 11,0 % en 2000, 10,3 % en 2001. En 2003, selon l’enquête de la DARES de 2013, le taux d’absentéisme ouvrier était de 3,8 % dans l’industrie manufacturière, ce qui souligne combien ce taux était notablement dégradé à la verrerie de Givors.

En octobre 2015, énorme manifestation nationale des victimes de l’amiante.

Une étude commanditée par la direction de la verrerie et rendue le 6 septembre 19881 ne donne pas les véritables causes de l’absentéisme qu’elle attribue à l’« anxiété » du personnel, et se révèle particulièrement complaisante avec les commanditaires. Comme le montre le procès-verbal du Comité d’entreprise : « La CFDT considère que ce rapport souligne des points importants ». Mais, « elle pense qu’un grand nombre de problèmes ne sont pas discutés sérieusement, et n’aboutissent jamais ». La CGC « estime que ce rapport n’apporte rien de nouveau à ce qui est connu depuis de longues années. Elle a noté, au cours des entretiens une tendance à dévier du sujet, et refusé de répondre à certaines questions ».

Les risques professionnels – accidents au travail et maladies professionnelles – constituent des charges pour les entreprises et la collectivité, au-delà du poids des lésions et pathologies pour les victimes. Les maladies professionnelles et les accidents du travail, dont le coût, jamais démenti depuis, est estimé à 4 points de PIB tel que révélé par le ministre du travail Xavier Bertrand lors de la conférence sociale tripartite pour l’amélioration des conditions de travail de 2007. Avec un PIB de 2 427 milliards d’euros en 2019, cela représente la coquette somme de 97 milliards. Soit beaucoup plus que le fameux « trou de la Sécu » !

Le pouvoir politique, tout à la sauvegarde des intérêts des actionnaires, freine des quatre fers pour imposer la sauvegarde de la santé dans les entreprises. N’est-ce pas à l’initiative politique que l’on doit la création du Comité Permanent Amiante (CPA) qui prolongea l’usage de l’amiante qu’on savait cancérogène ? A qui l’on doit le refus constant depuis 20 ans l’ouverture d’une procédure pénale pour situer les responsabilités quand aux 100 000 morts de la fibre tueuse ?

Source : www.argusdelassurance.com/