Le cabinet Asterès d’analyses économiques, au service des entreprises et des gouvernements, a rendu publique en février 2020 une étude sur le coût du cancer en France accusant une forte hausse par rapport à 2004. Cette étude présente, au-delà du constat de la croissance des coûts, des éléments de réflexion sur les questions de santé publique.

Au cours de l’année 2017, 1,2 millions de personnes ont été traitées pour un cancer, ce qui a engendré une dépense globale de 16,5 milliards d’euros, soit une hausse de 46 % depuis 2004. Les dépenses sont principalement hospitalières (à 59 %) et quatre cancers concentrent la moitié des dépenses. Depuis 2004, la mortalité a baissé de 2% et l’indice a augmenté de 44%. Le dépistage, le diagnostic et la prise en charge se sont donc améliorés.

L’étude remarque que les cas de cancers de la thyroïde ont augmenté de 186 % en 13 ans, ceux du pancréas ont augmenté de 191 %, et ceux du rein et du corps de l’utérus de 70 % et 65 % respectivement. Sur cette même période, les cas de cancers de l’estomac et de l’œsophage ont faiblement diminué et les cas de cancers du col de l’utérus et du larynx ont largement baissé (respectivement -44 % et -24 %).

Les rédacteurs soulignent que l’efficacité du dépistage et surtout des campagnes de prévention n’est pas toujours vérifiée, comme en témoigne la hausse de la mortalité pour les cancers du poumon. Bien que le nombre de décès n’ait augmenté que de 13 %, la hausse de 77 % de l’incidence traduit une relative inefficacité des pouvoirs publics à lutter efficacement contre les pratiques à risque, et principalement contre la consommation de tabac brûlé – cigarettes, cigares et pipes. L’analyse aurait aussi pu aller plus loin sur la recherche des causes possibles de cancers du poumon liés aux conditions de travail, notamment.

Un rapport de l’INSERM prévoyait 1950 décès en 1996, consécutifs à une exposition à l’amiante… En 2021 ont continue d’enterrer les ouvriers exposés à la fibre tueuse !

Une dizaine de tableaux de maladies professionnelles reconnues par la Sécurité sociale pointent les causes possibles de cancers du poumon déclarés après une exposition au travail : acide chromique, amiante, ardoise, arsenic, brais de houille, cadmium, chromate de zinc, cobalt et carbure de tungstène, cristobalite, goudron de houille, mines de fer, nickel, quartz, rayonnement ionisants, schiste en poudre, suie de combustion du charbon, tridymite.

Chez les verriers de Givors (300 salariés), pas moins de dix maladies professionnelles touchant le poumon ont été reconnues liées à la silice et à l’amiante. Une étude sérieuse sur les coûts de la santé et la recherche des causes de maladies mériterait de sortir de la doxa, des opinions reçues sans discussion, comme une évidence naturelle diffusées par l’appareil d’État, culpabilisant les victimes. Il ne suffit pas de rappeler ce rapport officiel de 2007, « près de la moitié des décès par cancer en France sont attribuables à des comportements individuels à risque, notamment le tabagisme, la consommation d’alcool, l’exposition au soleil sans protection adéquate ou encore le surpoids et l’obésité qui découlent d’une mauvaise nutrition et d’une absence d’exercice physique » et d’aller au-delà. Si « près de la moitié des décès » sont liées à ces causes, il faut s’intéresser à l’autre « plus grosse moitié » et en rechercher les causes.

Mais c’est justement là que le bât blesse, comme le note l’étude d’Asterès. : « Au total, le financement public direct de la recherche sur le cancer s’élève à 694 millions d’euros, contre 670 millions d’euros en 2004. » En observant quand même que si ces dépenses augmentent de 3,6 % en treize années, elles diminuent en valeur relative du montant global du coût des cancers. Le financement public de la recherche en ce domaine représentait 5,9 % du coût global en 2004, elles n’en représentent plus que 4,2 % en 2017. Peut être que le développement de la recherche publique permettrait de comprendre et enrayer l’autre « grosse moitié » des décès par cancers. Mais il s’agit de choix politiques que le pouvoir se refuse à accomplir.

Source : https://asteres.fr/etude/analyse-economique-des-couts-du-cancer-en-france/