Ce 22 décembre, un décret publié au Journal officiel, reconnaît les cancers de la prostate liés à l’exposition aux pesticides, dont le chlordécone, comme maladie professionnelle. Ce décret crée le tableau de maladie professionnelle n° 61, dans le régime agricole, relatif au cancer de la prostate en lien avec l’exposition aux pesticides. Sa création permettra d’établir une présomption d’origine professionnelle de la maladie et de faciliter ainsi l’indemnisation des travailleurs agricoles exposés à ces molécules.

Selon le décret, le terme pesticides se rapporte aux produits à usage agricole et aux produits destinés à l’entretien des espaces verts (produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques) ainsi qu’aux biocides et aux antiparasitaires vétérinaires, « qu’ils soient autorisés ou non au moment de la demande ». Les travaux exposant « habituellement » aux pesticides sont ceux effectués « lors de la manipulation ou l’emploi de ces produits, par contact ou par inhalation, par contact avec les cultures, les surfaces, les animaux traités ou lors de l’entretien des machines destinées à l’application des pesticides », indique le texte.


Résultat de la mobilisation actuelle aux Antilles.

Les cancers de la prostate liés à l’exposition au chlordécone, ce pesticide largement utilisé dans les bananeraies de 1972 à 1993, est désormais reconnu comme une maladie professionnelle. Tous les exploitants ou salariés agricoles pourront demander ce statut à deux conditions : qu’ils aient travaillé pendant au moins dix ans au contact du chlordécone, et que moins de quarante ans se soient écoulés entre leur dernière exposition et le diagnostic de cancer de la prostate. Néanmoins, les personnes qui ont été exposées aux pesticides moins longtemps pourront faire une demande devant une commission régionale de reconnaissance des maladies professionnelles. Ce pesticide était interdit aux États-Unis depuis 1976,

Le gouvernement n’a pas estimé combien de personnes pourraient être concernées par ces indemnisations, ni sur leur montant total. La toxicité du chlordécone et son pouvoir persistant dans l’environnement sont connus depuis les années 1960. Le chlordécone a été utilisé pendant deux décennies pour sauver la monoculture de la banane aux Antilles et a infiltré les sols pour des centaines d’années, polluant les eaux et les productions agricoles, alors que sa toxicité et son pouvoir persistant dans l’environnement étaient connus. Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et en Martinique est actuellement contaminée par le chlordécone, selon Santé publique France. Les populations antillaises présentent un taux d’incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde.

La publication de ce décret au journal Officiel est une première victoire pour les associations guadeloupéennes et martiniquaises qui avaient porté plainte contre l’État en 2006 pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Cependant, des élus des Antilles ont qualifié mercredi « d’avancée » mais « encore incomplète », voire « insatisfaisante », la reconnaissance par l’Etat des cancers de la prostate comme une maladie professionnelle liée à l’exposition au pesticide utilisé pendant des décennies dans les bananeraies. « C’est une avancée mais elle est encore incomplète », pour des populations qui mènent depuis des années un combat pour la condamnation des responsables du scandale de la chlordécone. L’empoisonnement à la chlordécone n’est pas seulement un risque pour les professionnels de la banane, mais pour l’ensemble des populations.

Combien de salariés au statut précaire des bananeraies pourront démontrer qu’ils ont été exposés pendant dix ans à ce pesticide ? Victimes de cancer de la prostate, ils pourront avoir recours aux fameuses commissions régionales qui, comme en métropole, rejetteront massivement leurs demandes. Et pour le reste de la population (90%) victime de ce pesticide, quel recours ? C’est bien une reconnaissance à minima ! Mais c’est le résultat de la mobilisation actuelle aux Antilles.

Sources : www.actu-environnement.com/ ; www.outre-mer.gouv.fr/ ; https://la1ere.francetvinfo.fr/