Dans presque toutes les mesures dites de soutien au pouvoir d’achat des Français prises par le gouvernement, il y a un loup. Ainsi, la prime de partage de la valeur que les employeurs peuvent verser à leurs salariés est-elle « exonérée de toutes cotisations sociales à la charge du salarié et à leur propre charge, ainsi que des autres taxes, contributions et participations dues sur le salaire ». Mais ce que le gouvernement se garde bien de signaler, c’est que moins de cotisations sociales, moins de taxes sur les salaires payées par les patrons, c’est, pour les salariés et leur famille, moins d’assurance-chômage, moins de ressources pour les retraites, la santé, les services publics… donc, au total, moins de pouvoir d’achat pour les Français.

Élisabeth Borne double la mise en annonçant la réduction des cotisations patronales sur les heures supplémentaires. Et le reste est à l’avenant : le plafond annuel d’exonération fiscale et sociale des frais de carburant de l’employeur est aussi augmenté. Même quand il semble vouloir faire un geste pour le monde du travail, le pouvoir soutient en réalité le capital. Le nombre de niches fiscales aux entreprises est passé de 252 à 293 entre 2005 et 2010, pour un coût de 35 milliards aujourd’hui (14 % des recettes fiscales), soit une augmentation de près de 9 milliards en cinq ans. Quant aux 91 niches sociales, leur montant est de 66 milliards, soit 15 % des recettes de la Sécurité sociale.

Mais à cela, il faut ajouter les 71,3 milliards d’euros de niches « déclassées » et qui ne sont plus répertoriées en tant que telles. Et encore, ces chiffres ne tiennent pas compte des dépenses fiscales restant à la charge des collectivités et qui sont compensées partiellement par l’État. Quel déluge ! De l’avis même d’un organisme officiel tel que le Conseil des prélèvements obligatoires, le coût de ces dispositions est de 172 milliards d’euros par an, soit près de trois fois le budget de l’éducation nationale! C’est cher et pas très efficace, diagnostique en outre le Conseil.

On pourrait se dire qu’au moins la décision d’augmenter le point d’indice des agents publics de 3,5 % pourrait, elle, échapper à cette tare congénitale et représenterait un vrai coup de pouce aux fonctionnaires. Las! en août 2022, la hausse des prix sur un an s’est élevée à 5,9 %. La encore, les revenus des salariés vont être substantiellement touchés. Il y a ainsi une sorte d’addiction qui ne saurait pour autant être soignée par un quelconque traitement psychiatrique, elle ne peut l’être que par l’action sociale et politique de la population.

Source : www.humanite.fr (Pierre Ivorra, 28/09/2022)