« Près de 15 000 cas de cancer pourraient être évités chaque année par une amélioration des conditions de vie et de la santé des populations les plus défavorisées », assurait une étude publiée en février 2017 dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire de l’agence sanitaire Santé publique France (SPF). Ce gain potentiel serait plus important pour les hommes que pour les femmes et maximal pour le cancer du poumon, notaient les auteurs de cette enquête.

L’analyse – la première du genre dans l’Hexagone – examinait l’influence de l’environnement socio-économique sur l’incidence (nombre de nouveaux cas annuels) de la maladie, qui diffère selon les organes touchés. Elle a porté sur 189 144 personnes, dont 78 845 femmes, qui ont eu un cancer entre 2006 et 2009 et habitant dans l’un des seize départements disposant d’un registre de cette pathologie.

On observera tout d’abord que cette étude fut limitée aux seuls départements possédant un registre de décès par cancers. Le département du Rhône, comme nombre de départements industriels en sont dépourvus. Limitant du même coup la limitation des études de ce genre. Pourtant ce n’est pas que ces départements sont dépourvus de la capacité d’informations sur le sujet, puisque c’est aux Hospices civils de Lyon que se situe le centre d’analyse ! Mais, la volonté politique des autorités limite volontairement les capacités de recherche, surtout au cœur de la vallée de la chimie…

L’étude confirmait, à partir de données françaises, le sur-risque des cancers des voies respiratoires et digestives hautes pour les populations des milieux défavorisés. « La détermination sociale de certains facteurs de risque comme la consommation de tabac, les expositions professionnelles ou les polluants atmosphériques explique sans doute une partie importante des différences observées », expliquait Joséphine Bryère, chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Le diagnostic local de santé de Givors, réalisé en 2015 par l’Observation Régional de Santé (ORS), à la demande des anciens verriers était révélateur des inégalités face à la maladie entre les villes aisées et les villes pauvres. A Givors, le taux de patients hospitalisés pour les cancers des poumons est plus élevé que dans les autres Communes ; les tumeurs et les pathologies de l’appareil respiratoire constituent la principale cause de décès des hommes et des femmes ; les maladies cardio-vasculaires, tumeurs, diabète, constituent les principales causes de reconnaissance en ALD. Ces pathologies constituent aussi dans cette ville les causes de décès plus élevés qu’en Rhône-Alpes après 65 ans et la mortalité avant 65 ans connaît un taux supérieur à celui de la région. Le Diagnostic remarque que c’est le lot commun à toutes cités ouvrières telles Vénissieux, Saint-Fons, Vaulx-en-Velin, etc.

Arkema à Pierre-Bénite dont le rejet d’eau polluée n’est pas soumis à réglementation…

Le récent incident révélé survenu à Pierre-Bénite au travers des rejets industriels d’Arkema vient confirmer que ce ne sont pas seulement les milieux « défavorisés » qui sont victimes de défauts de santé, mais aussi plus clairement les milieux surexploités par l’industrie. Les uns se confondant souvent avec les autres. Surexploités sur le lieu de travail, mais aussi dans leur environnement. Quelquefois, fort éloignés du lieu de pollution comme le révèle justement les suite de l’incident de Pierre-Bénite.

A 20 km du lieu de pollution du Rhône, à Givors justement, la mesure de pollution des eaux de consommation courante de 200 000 personnes se révèle fortement impactée par les perfluorés rejetés par Arkema. La Métropole de Lyon a mesuré 20 perfluorés pour contrôler les eaux prélevées dans les réservoirs de Grigny et Givors. Les dernières mesures, font apparaître une concentration de perfluorés comprise entre 138,2 ng/L à Grigny et 166,6 ng/L à Givors pour le captage de Ternay dont dépendent les deux communes, soit un taux bien supérieur à la future norme de 100 ng par litre. « l’ARS [qui] ne recommande pas de restriction de la consommation de l’eau », n’a mesuré cette qualité que sur deux perfluorés au lieu de vingt pour arriver à une conclusion bien « acceptable ».

Cet exemple très significatif montre à la fois la nécessité d’étudier véritablement les causes de la santé dégradée dans les milieux ouvriers, être critique sur les communications officielles et imposer des mesures de réduction de la pollution industrielle… Si l’on veut réduire les inégalités de santé.

Sources : www.lemonde.fr/ (07/02/2017) ;