« L’exposition à la pollution de l’air, au tabagisme passif, aux rayons ultraviolets, à l’amiante, à certains produits chimiques et à d’autres polluants sont à l’origine de plus de 10 % des cas de cancer en Europe », vient d’indiquer l’Agence européenne pour l’environnement.

Ce chiffre pourrait toutefois drastiquement diminuer si les politiques publiques existantes faisaient l’objet d’une mise en œuvre rigoureuse, notamment en ce qui concerne la lutte contre la pollution, selon l’organisation. « Tous les risques cancérigènes environnementaux et professionnels peuvent être réduits », a affirmé Gerardo Sanchez, un expert de l’AEE, en amont de la publication du rapport, le premier de l’agence sur le lien entre cancer et environnement.

« Les cancers déterminés par l’environnement et dus à des radiations ou à des carcinogènes chimiques peuvent être réduits à un niveau presque négligeable », a-t-il assuré lors d’un point de presse. Des études récentes ont également détecté « une corrélation entre l’exposition à long terme aux particules, un polluant atmosphérique majeur, et la leucémie chez les adultes et les enfants », souligne l’organisation européenne.

Publication d’un article du Progrès sur un incident à la raffinerie de Feyzin en août 2018.

Le radon, un gaz radioactif naturel susceptible d’être inhalé notamment dans les logements peu aérés, est considéré comme responsable de 2 % des cas de cancers sur le continent. Les ultraviolets, d’origine principalement solaire mais aussi artificielle, sont responsables de près de 4 % de tous les cas de cancer, en particulier du mélanome, une forme grave de cancer de la peau qui a fortement augmenté en Europe au cours des dernières décennies. Certaines substances chimiques utilisées sur les lieux de travail et libérées dans l’environnement sont également cancérigènes. Plomb, arsenic, chrome, pesticides, bisphénol A et les substances per et polyfluoroalkylées comptent parmi les plus dangereuses pour la santé des Européens, au même titre que l’amiante, interdite depuis 2005 dans l’Union européenne (UE) mais toujours présente dans certains bâtiments. Le rapport évoque l’impact de toutes les formes d’amiante, des cancérigènes bien connus associés au cancer du poumon, ainsi que du larynx et des ovaires. Bien que l’UE ait interdit l’amiante en 2005, il reste présent dans les bâtiments et les infrastructures, ce qui entraîne l’exposition des travailleurs qui participent aux travaux de rénovation et de démolition.

L’exposition à la fumée de tabac ambiante, quant à elle, pourrait conduire à une augmentation du risque global de cancer de près de 16 % chez les personnes qui n’ont jamais fumé : « environ 31 % des Européens sont exposés à la fumée de tabac ambiante à la maison, au travail, durant les loisirs, dans les établissements d’enseignement ou dans les lieux publics. » estime le rapport. Il s’avère que la fumée de tabac environnementale est classée cancérogène pour l’homme depuis 2002 par le CIRC. Le tabagisme actif est considéré comme responsable de 90 % des cancers du poumon, sachant que la combustion d’une cigarette provoque la formation d’un mélange de gaz et de particules dans lequel ont été identifiés plus de 50 cancérogènes parmi lesquels le benzène, le butadiène, les nitrosamines et le formaldéhyde.

Au sein de l’UE, 2,7 millions de personnes sont diagnostiquées d’un cancer chaque année et 1,3 million d’entre elles en meurent. Le continent, qui représente à peine 10 % de la population mondiale, compte 23 % des nouveaux cas et 20 % des décès. Le cancer pèse lourdement sur la société, sachant que les coûts économiques sont également colossaux : environ 178 milliards d’euros pour la seule année 2018. « Nous constatons les effets que la pollution dans notre environnement a sur la santé et la qualité de vie des citoyens européens et c’est pourquoi la prévention de la pollution est si cruciale pour notre bien-être. La réduction de la pollution grâce au plan d’action “zéro pollution” de l’UE ainsi que la mise en œuvre rigoureuse d’autres politiques européennes existantes contribueraient grandement à réduire le nombre de cancers et de décès. Ce serait un investissement efficace dans le bien-être des citoyens européens. », résume ainsi Hans Bruyninckx, directeur exécutif de l’AEE. Le rapport chiffre spécifiquement les impacts respectifs des risques environnementaux pris en compte dans cette étude, à commencer par celui de la pollution de l’air en tant que telle, et ce tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

https://www.lemonde.fr/ (28/06/2022) ; www.afp.com ; www.femina.fr/ (29/06/2022)