Selon un sondage Elabe pour « Les Echos », une écrasante majorité de Français refuse que l’âge de départ à la retraite passe de 62 à 64 ans, comme l’envisagerait l’exécutif. Ils sont même un tiers à vouloir abaisser l’âge légal, une proportion en forte hausse depuis 2019 (Les Echos).

La Drees chiffre à 1,4 million le nombre d’individus âgés de 53 à 69 ans qui ne sont ni en emploi, ni en retraite, dont une majorité de femmes. Plus de 60 % sont des anciens ouvriers et employés et un tiers est en situation de pauvreté. Agés de 58 ans en moyenne, 29 % déclarent un mauvais ou très mauvais état de santé, contre 11 % des personnes de cette tranche d’âge. La Cour des comptes s’est émue en 2019 du coût pour la solidarité du basculement de ces seniors dans une « trappe à pauvreté », regrettant au passage que la réforme des retraites de 2010 n’ait pas anticipé cet impact du report d’âge. 90 % des salariés inaptes sont licenciés, selon Corinne FAIVRE Chargée de mission Aract Nouvelle-Aquitaine.

Avec ces chiffres, commen nier une fin de vie active difficile pour ces salariés ? La question de la pénibilité au travail se pose fortement dans certaines professions, à certains postes. Et l’opposition forte relevée par Les Echos au prolongement de l’âge de la retraite s’appuie fortement sur cette réalité.

Les verriers exposés à l’amiante, à la silice, à l’arsenic, aux hydrocarbures, benzène, solvants, aux huiles minérales reconnus en maladies professionnelles.

Le rétablissement des quatre facteurs de pénibilité écartés par le premier gouvernement d’Emmanuel Macron en 2017 lors de la création du compte personnel de prévention – port de charges, postures pénibles, vibrations mécaniques et exposition aux produits chimiques – s’impose au cœur de ce débat. Il faut d’urgence reprendre des discussions de branche, déjà pour partager le constat de l’existence de conditions de travail pénibles, puis pour définir des critères de mesure adaptés pour ces quatre facteurs de risque dans les métiers concernés. Et aussi, bien sûr, pour arrêter des mesures de prévention, en vue de réduire les risques, ou d’aménager des parcours professionnels moins délétères.

Ceci ne peut se faire qu’à certaines conditions, énoncées par les dirigeants syndicaux. D’abord, ces discussions de branche doivent se faire à froid, c’est-à-dire être déconnectées de celles sur un nouveau recul de l’âge de la retraite… que les syndicats de salariés continuent de rejeter en bloc. Ensuite, ces négociations doivent être loyales et donc ne pas réitérer ce qui s’est déjà produit par le passé sur le même sujet : le patronat avait traîné des pieds dans la négociation des référentiels de branche, préférant miser sur l’abandon politique du compte personnel de prévention de la pénibilité.

On retiendra aussi la volonté commune des partenaires sociaux de mobiliser les réserves financières de l’Assurance maladie-Risques professionnels en faveur de la prévention, à l’image de ce qu’ont su faire les pays d’Europe du Nord. Il faudrait toutefois que l’Etat permette aux partenaires sociaux de reprendre la main sur la gestion de la branche, comme l’exige le patronat. À condition toutefois que cela ne se fasse pas au détriment de la réparation due aux victimes.

En 2018, la Carsat Rhône-Alpes en 2018 relevait : sur 100 euros cotisés par les entreprises pour les accidents du travail et maladies professionnelles, 38 couvriront les accidents du travail, 36 euros couvriront les maladies professionnelles, 15 euros iront aux victimes de l’amiante, 7 euros couvriront les accidents de trajet et 4 euros seront utilisés pour la prévention. Soulignant que la prévention restait le parent pauvre.

Matron prendra-t-il en compte ces exigences et laissera-t-il place à la négociation collective sur la pénibilité et la prévention ? Plutôt que de vouloir passer en force avec sa réforme des retraites et le report de l’âge ! La majorité toute relative à l’Assemblée que lui a donné le pays en juin dernier crée un contexte nouveau ne favorisant pas les oukases. La gauche unie à cette assemblée peut imposer des reculs à ses ambitions. Les syndicats unanimement opposés limite aussi les marges de manœuvre et l’opposition populaire – majoritaire – à la réforme réactionnaire des retraites peut être décisive contre ses projets et imposer le retour à des négociations sur les conditions de travail.

Source: https://www.sante-et-travail.fr/