La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie respiratoire chronique évolutive définie par une obstruction permanente des voies aériennes. Elle touche, dans la population française, 5 à 10 % des plus de 45 ans selon Santé publique France. Toux chronique, expectorations et essoufflement s’aggravent au fil des ans et deviennent invalidants.

A la verrerie, le graissage des moules à 800° dégage une vapeur d’hydrocarbure hautement cancérogène, des HAP, toutes les 20 minutes. L’amiante y est largement utilisée.

L’enquête de santé menée par l’association des anciens verriers de Givors parmi ses membres au printemps 2009 a révélé un taux important de pathologies touchant les poumons. La poursuite de cette recherche les années suivantes ont conduit à constater que sur 372 anciens verriers 59 développaient des pathologies liées au poumon. Parmi les 59 cas relevés, qu’ils ou elles soient fumeurs ou non-fumeurs, qu’ils soient ouvriers, employés ou cadres, ils et elles sont impactés dans tous les postes de travail : bureaux, choix, four, fabrication, maintenance cariste, choisisseur, fumiste, groisil, traitement de surface, électro-mécanicien, composition, moulerie, magasin, informaticien. Autant dire qu’une étude publiée par l’Inserm retient toute leur attention.

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), troisième cause de mortalité dans le monde en 2019 selon l’OMS, est une maladie respiratoire chronique invalidante dont tous les mécanismes n’ont pas encore été identifiés à ce jour. Dans ce contexte, des chercheuses et des chercheurs de l’Institut Pasteur, d’Université de Paris, du CNRS, de l’Inserm, de l’université de Reims Champagne-Ardenne, du CHU de Reims et de l’Institut Pasteur de Lille, ont montré que la substitution d’un seul nucléotide dans le gène qui code pour le récepteur nicotinique de l’acétylcholine (le récepteur nicotinique de l’acétylcholine est situé dans la membrane des cellules. Il est activé par l’acétylcholine ou la nicotine et contrôle l’entrée de différents ions dans la cellule : calcium, sodium) peut entraîner des modifications fonctionnelles des cellules des voies aériennes et conduire à des symptômes similaires à ceux de la BPCO, indépendamment du tabagisme. Les scientifiques ont par ailleurs identifié les mécanismes moléculaires impliqués dans ce phénomène pathologique. Les résultats de cette étude ont été publiés dans le journal Nature Communications, le 4 novembre 2021.

Les résultats de l’étude menée chez le modèle animal ont ensuite pu être confirmés chez l’Homme. En effet, l’analyse histologique de cellules issues de polypes nasaux prélevés chez 123 patients non-fumeurs du CHU de Reims a également montré une association entre le remodelage de l’épithélium et cette mutation du gène. « Cette version du gène constituerait un facteur de prédisposition génétique à la maladie, indépendamment du tabagisme. La BPCO survenant à la suite de lésions répétées des tissus des voies aériennes, provoquées par d’autres molécules tels que des polluants atmosphériques », commente Philippe Birembaut, (ancien) chef de service au CHU de Reims (Université de Reims Champagne-Ardenne, Inserm), et co-dernier auteur de l’étude.

Lors de sa présentation aux autorités de la Direction du travail et de la Médecine du travail, en octobre 2009, l’étude des verriers fut rejetée par la représentante de la Cellule d’étude épidémiologique (CIRE, rattachée à l’ARS Rhône-Alpes) comme non scientifique. Cette étude soulignait cependant le rapport entre les expositions toxiques au travail des verriers et les pathologies développées dans leurs rangs. Douze ans après, l’INSERM vient mettre en évidence les risques de la pollution atmosphérique pour le poumon des fumeurs ou non-fumeurs.

Les médecins du travail de la verrerie, quels qu’ils ou qu’elles soient, se sont beaucoup intéressés au volume de cigarettes fumées chaque jour lors des visites du travail, mais jamais ne se sont questionnés sur les risques engendrés pour chacun par les expositions à l’amiante, à l’arsenic, aux hydrocarbures et leurs fumées, aux poussières de silice et de fibre de verre, etc. en suspension dans l’air des ateliers. Pas davantage sur les obligations pour l’entreprise nées du Décret n°77-949, du 17 août 1977, relatif aux mesures particulières d’hygiène applicables dans les établissements où le personnel est exposé à l’action des poussières d’amiante. Ce décret prévoyait l’obligation d’effectuer des prélèvements d’atmosphère afin de veiller à ce que la concentration moyenne en fibres d’amiante de l’atmosphère inhalée par un salarié pendant sa journée de travail ne dépasse pas deux fibres par centimètre cube, étant précisé que ces prélèvements devaient être fait au moins une fois par mois ou tous les trois mois si au cours des trois contrôles précédents, les résultats des mesures avaient montré que la concentration moyenne ne dépassait pas une fibre par centimètre cube d’air. On recherchera en vain trace de ces prélèvements dans les dossiers de la Verrerie.

Source : https://presse.inserm.fr/ (06/12/2021)