Les milliards de doses de vaccins vendues à travers le monde sont synonyme de profit pour les laboratoires pharmaceutiques. Si AstraZeneca et Janssen assurent vendre leurs doses à prix coûtant, Pfizer prévoit de vendre pour 33,5 milliards de dollars de vaccins contre le Covid-19 cette année, et Moderna, pour 19,2 milliards de dollars. « L’idée de ne pas faire de profit est radicale et fanatique pour le moment », avait expliqué le PDG de Pfizer Albert Bourla à l’été 2020, en assumant les recettes faites par sa société.

Les profits interrogent la communauté médicale à l’image du Professeur Rémi Salomon, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP. « Le vaccin doit être considéré comme un bien commun, et non pas un bien commercial. Le président Biden et le président Macron ont dit qu’il fallait lever les brevets. Ce qui permettrait aussi aux pays du sud de fabriquer eux-mêmes des vaccins », commente-t-il. Selon l’OMS, sur les 4 milliards de doses injectées dans le monde, seulement 1 % l’ont été dans les pays les plus pauvres.

Pour les champions de la rentabilité financière, Big Pharma ressemble à la poule aux œufs d’or depuis des décennies. Et ça ne se dément pas, bien au contraire, avec la pandémie de Covid-19… Le 3 mai, ces purs spéculateurs ont empocher une bonne part des 1,8 milliard d’euros de dividendes qui, au titre du premier versement trimestriel pour 2021, seront distribués par Pfizer. Une larme de champagne pour les marchés financiers, un parfum de scandale pour le reste du monde, quand un habitant sur 500, au mieux, dans les pays du Sud, peut aujourd’hui prétendre accéder à une dose de vaccin contre le Covid-19.

Les trois géants Pfizer, AstraZeneca et Johnson & Johnson ont, à eux seuls et rien que pour 2020, dilapidé 21,4 milliards d’euros en dividendes et en rachats d’actions. Pour les ONG, avec cette somme, en se basant sur le prix, déjà prohibitif, de 15,80 euros la dose – tarif moyen fixé arbitrairement par les multinationales malgré les montagnes d’aides publiques accordées pour la recherche et le développement (R&D) en Europe et aux États-Unis –, il aurait été possible de fournir un vaccin à 1,35 milliard de personnes dans le monde, soit l’équivalent de la population de toute l’Afrique.

L’argent de la recherche s’est dilué dans une multitude de canaux, conduisant à une moindre efficacité (Cours des Comptes)

Pendant ce temps, la Cour des comptes a réalisé un audit « flash » de quatre mois sur l’état du financement de la recherche publique dans le cadre de la lutte contre l’épidémie. Avec 530 millions d’euros engagés, les crédits d’intervention sont trois fois inférieurs aux investissements allemands et britanniques. Seulement 20 millions ont été alloués à la recherche d’un vaccin. Emmanuel Macron a annoncé en juin un effort de 7 milliards pour l’innovation en santé, qui vont bénéficier aux chercheurs, aux entrepreneurs et aux industriels.

Mais la Cour des Comptes remarque un grand nombre d’initiatives, beaucoup de financeurs, mais aucun pilote dans l’avion. C’est la recette française du saupoudrage des crédits de recherche dédiés à la lutte contre le Covid. Les magistrats publient un « audit flash » qui porte sur les douze premiers mois de l’épidémie. C’est une sorte de galop d’essai avant la sortie d’un rapport plus complet sur la recherche publique en infectiologie, prévue cet automne. Mais le ton est déjà donné.

De mars 2020 à mars 2021, 502 millions d’euros ont été mis bout à bout en France pour financer l’effort de recherche contre le Covid (530 millions avec les fonds européens), quand l’Allemagne et le Royaume-Uni dépensaient le triple (1,5 et 1,3 milliards d’euros) et les Etats-Unis près de 10 milliards d’euros. Il s’agit uniquement des crédits d’intervention, hors masse salariale, précise la Cour. Non seulement la France a été plutôt chiche avec ses chercheurs mais l’argent s’est dilué dans une multitude de canaux, conduisant à une moindre efficacité. Cela s’explique par le grand nombre de financeurs – à savoir des organismes de recherche et des universités (qui ont investi environ 120 millions d’euros, autant que les ministères) et la contribution décisive du troisième programme d’investissements d’avenir (249 millions).

Sources : www.lesechos.fr/; www.francetvinfo.fr/ ; www.humanite.fr/