Le 9 avril 2001, le groupe BSN-DANONE réunissait à Mâcon les comités centraux d’entreprise de VMC et BSN et présentait son projet pour « sauvegarder la compétitivité de BSN Glasspack, d’assurer son leadership et sa pérennité de spécialiste du verre alimentaire sur son marché ». Ce projet prévoyait « le regroupement des sièges administratifs de BSN et VMC à Villeurbanne » et « l’arrêt des activités industrielles de Givors au premier trimestre 2002 et leur transfert sur les sites de Reims et Puy Guillaume ». Tel était le « message à délivrer par les commerciaux », communiqué par la direction pendant qu’elle réunissait les représentants du personnel. Pour préserver la compétitivité, BSN-DANONE décidait de fermer une entreprise dégageant une rentabilité de 15,5 %. Mais cela ne suffisait pas !

Tout était même prêt pour accélérer le mouvement de fermeture, puisqu’en même temps que les commerciaux étaient chargés d’avertir les clients, en absence des délégués réunis à Mâcon, l’encadrement était chargé d’informer le personnel dans les ateliers et bureaux de l’entreprise. Avec sans doute le secret espoir de voir les salariés se révolter dans l’entreprise. La manœuvre avait été élaborée et révélait du coup la raison pour laquelle tant de cars de CRS avaient investi la ville de Givors le matin même. Les ouvriers se révoltant, les forces de l’ordre investissaient l’usine, éjectait le personnel et la direction fermait l’usine. Le verre en fusion rendait l’outil industriel inutilisable. La manœuvre était habile, mais elle échoua.

Dès l’annonce de la direction, la réunion du comité central d’entreprise était immédiatement interrompue et les délégués rejoignaient Givors. Trois jours de réunions par service, par équipe, par brigade mettaient au point une stratégie de lutte. Une intersyndicale CGT-CFDT était constituée, le bureau national du syndicat des cadres CFE-CGC prenait position contre la fermeture de l’entreprise. La production ne sera pas interrompue, l’usine ne sera pas occupée, mais ses livraisons seront placées sous le contrôle des travailleurs et seront assurées selon l’avancée des négociations avec la direction. Combien de camions sont-ils alors repartis à vide après des heures d’attente ?

Le 1er mai 2001 la manifestation syndicale du département du Rhône en soutien à la lutte des Givordins pour la sauvegarde de 317 emplois.

L’intersyndicale, aidée par des membres de l’encadrement, élaborait un projet alternatif pour réorienter la production sur le site et permettant l’augmentation de celle-ci et l’efficacité de l’outil de travail. Son coût s’avérait inférieur à celui du plan de fermeture. Soumis à référendum populaire, il rencontrait 15 566 voix d’approbation.

La lutte dura 21 mois, aboutissant à une solution pour chaque salarié : préretraites, reclassements dans d’autres unités du groupe ou d’autres entreprises, financements de projets individuels, etc. Cependant, un accord pour la création de 200 emplois sur le site, après une promesse d’en créer 630, ne permet pas, même 20 ans après, de voir sa concrétisation.

L’entreprise s’en est allée, laissant un sol gravement pollué à l’arsenic, aux hydrocarbures, solvants et des anciens salariés gravement malades disparaissant neuf ans avant l’âge moyen de décès des hommes dans ce pays. L’entreprise, dans son dernier bilan, avait provisionné 530 millions de dollars pour le risque amiante, qui seront distribués aux actionnaires quelques années après. Car l’entreprise n’a même pas supporté les frais de nettoyage du terrain, restés à la charge de la collectivité ; elle se refuse aujourd’hui d’assumer les conséquences des maladies de ses anciens salariés et multiplie les recours judiciaires contre ceux qui développent les pathologies et prétendent les faire reconnaître.

Mais 21 mois de lutte permirent aussi de créer les bases d’un combat pour aider les malades. L’association des anciens verriers est née de cette lutte avec l’objectif de maintenir le contrat collectif de la mutuelle. Neuf ans plus tard elle engageait l’action pour la reconnaissance des maladies professionnelles. C’est son combat actuel. Seize maladies professionnelles sont reconnues pour des expositions à l’amiante, aux hydrocarbures, solvants, arsenic, silice, huiles minérales, benzène. Six condamnations pour faute inexcusable ont été prononcées contre l’entreprise repreneuse. Plusieurs procédures sont en cours, dont une devant la Cour d’appel de Lyon menée par 60 verriers exigeant des attestations d’exposition aux produits toxiques pour leur permettre d’obtenir des suivis médicaux post-professionnels et faciliter la reconnaissance des maladies professionnelles ; ainsi que la reconnaissance du préjudice d’anxiété.

Association des anciens verriers de Givors, 06 avril 2021.