Au travers du dossier des verriers et leur exposition à 53 produits et 3 situations de travail classés cancérogènes on mesure mieux la difficulté à faire reconnaître l’origine professionnelle de leurs pathologies. Dix-huit ans de combat et se porter en Cour d’appel pour obtenir des attestations d’exposition à ces produits, alors que ce droit est inscrit dans le code du travail !

Au plan national, le scandale de l’amiante a révélé combien et comment les logiques d’utilisation sans vergogne de la force de travail humaine pouvaient être dévastatrices. Les maladies professionnelles sont sous-déclarées, sous-évaluées, sous-reconnues, sous-traitées.

Pierre Dharreville, député communiste des Bouches-du-Rhône, vient de déposer au nom de son groupe une proposition de loi pour remédier à ces difficultés. Afin de lutter contre les maladies favorisées par le milieu de travail, cette proposition vise à la création d’un cadastre national des postes de travail. L’expérience menée sur le site industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer par l’Association pour la prise en charge des maladies éliminables (APCME) a montré que l’on pouvait mobiliser ces données et mettre en place un outil efficace pour connaître et mieux prévenir l’exposition à des risques : un cadastre des postes de travail. Cette expérience a permis d’identifier précisément la source des maladies professionnelles ou à caractère professionnel grâce au concours des victimes, des salariés et de leurs organisations, des médecins du travail, des médecins généralistes, des chercheurs. http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3149_proposition-loi#

Ces initiatives de terrain – comme celle mise en œuvre par les verriers – viennent souligner le manque d’outils publics dans la lutte contre des maladies, pourtant éliminables. Ces expériences ont pu être mises en lumière à l’occasion des travaux de la commission d’enquête parlementaire présidée par M. Julien BOROWCZYK et présentés par M. Pierre DHARRÉVILLE députés sur les maladies et pathologies professionnelles dans l’industrie (risques chimiques, psychosociaux ou physiques) et les moyens à déployer pour leur élimination, doivent inspirer l’action publique de façon plus générale (http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cemalpa/l15b1181_rapport-enquete#). L’angle d’attaque est celui des maladies favorisées par le milieu de travail, il s’agit d’identifier un risque, une exposition, présents au sein d’un poste de travail, et d’agir à partir de ces données sur les travailleurs qui ont « touché » le risque. Chaque travailleur, chaque citoyen a le droit de connaître et de pouvoir identifier les lieux de travail qui ont produit des cas de maladies.

Dans les sous-sols de la verrerie, au Groisil, l’exposition aux particules fines, au gasoil, aux fumées d’hydrocarbure, solvants et autres poussières d’amiante réduisent l’espérance de vie en bonne santé de plusieurs années.

À partir de ce constat, et sur la base des propositions formulées par la commission d’enquête sur les maladies professionnelles dans l’industrie, la mise en place d’un cadastre à l’échelle de chaque caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) semble une nécessité impérative. Ainsi, les données dont disposent la Sécurité sociale et les autres acteurs de la santé au travail pourront être utilisées dans une politique de prévention active. Approfondir la connaissance des risques et des expositions est le socle fondamental pour développer des actions de préventions.

Lorsque l’on sait que les cancers peuvent se déclarer 20 ou 30 ans après l’exposition aux produits toxiques, on mesure mieux l’importance d’une telle mémoire des expositions individuelles. La connaissance de ces risques à des postes et des conditions de travail identifiés permettent en outre d’agir plus efficacement en matière de prévention, de réduction des risques par modification des process ou produits mis en œuvre, de protections collectives et individuelles.

Lorsque l’on constate que le nombre de cancers détectés est passé de 170 000 en 1980, pour atteindre 382 000 en 2018, selon INVS-SPF, il est temps d’agir rapidement et efficacement. Si le nombre de cancers d’origine professionnels reconnus a triplé en vingt ans, selon le CNAM, malgré toutes les difficultés à les faire reconnaître, cela montre que le monde de l’industrie révèle la source de toutes les maladies éliminables par la prévention dans ce milieu. Le tabac et l’alcool ont certes leur part de responsabilité, mais 53 % des risques ne sont pas identifiés (SPF, 2019), ils faut les rechercher activement aux sources de production de ces risques.

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