Après la mystification, la curée.

On a vu comment dès 1991 (H.2) la direction de B.S.N.-DANONE, avec la complicité des hommes politiques de droite siégeant aux Conseil régional Rhône-Alpes et Conseil général du Rhône, avec l’appui de la Chambre de commerce et du patronat local était mises en place des structures financées sur fonds publics pour créer l’illusion de créations d’emplois, étendant le brouillard sur les projets de casse de la verrerie de Givors. Voyons un peu comment le même schéma se reproduit après la fermeture pour que perdure l’illusion. Laurent Gonon.

Avant même la fermeture du site le directeur général de V.M.C. France et le président-directeur général de B.S.N. Europe rencontrent le maire pour évoquer « non nominativement » (sous non de code) de potentiels repreneurs (Vivre à Givors, 12/2002). De son côté le responsable du dossier à la Direction régionale de l’industrie de la recherche et de l’environnement (D.R.I.R.E.) délivre un blanc-seing à V.M.C. en matière environnementale : « V.M.C. a anticipé les contraintes réglementaires en prenant en compte les problématiques liées à la pollution ». Le rapport Blondel (21/9/2004) et les arrêtés du préfet (3/12/2003 et 6/3/2006) sur la pollution du sol, le marché public pour le désamiantage de 32 000 m² (13/8/2004) démentiront formellement cet abus de blanc-seing. De son côté, le chargé du dossier à la Direction départementale de l’équipement valorise « tous les moyens de communication imaginables » dont bénéficie le site (Vivre à Givors, décembre 2002). La réindustrialisation du site est déjà en bonne voie.

La veille de la coulée du dernier four, le 14 janvier, un point sur la ré-industrialisation du site est fait en mairie avec les responsables de B.S.N Glasspack. Par circulaire interne, la direction annonce la coulée du dernier four pour le lendemain : « un buffet campagnard sera à votre disposition coté choix, à partir de 9 30, complété par un plat chaud à midi ». Aux vœux du maire le représentant de l’Intersyndicale annonce « nous ferons partie du comité de suivi » (Le Progrès, 11 janvier). Une promesse que ni B.S.N. ni les représentants de l’État ne tiendront jamais.

Le jour même de la coulée du four, le 15 janvier, sous la pression du débat national de la « loi de modernisation sociale » est annoncée la signature de la « convention unique en son genre » entre B.S.N.-Glasspack et l’État prévoyant la création de 200 emplois financés par l’entreprise à hauteur de 6 098 euros par poste. Un comité de pilotage et un groupe technique sont créés pour suivre la mise en œuvre de la convention. Mais, il n’est même pas question du « comité de suivi » auquel devait être invités les représentant syndicaux. Leur présence ne semble pas souhaitable.

Le 10 janvier une convention d’aide à la création d’emplois est signée avec l’entreprise MG Fil Overad spécialisée dans les télécommunications et le télémarketing qui prévoit la création d’ici deux ans d’installer une centaine d’emplois dont une quarantaine à créer. Le sous-préfet se réjouit :  « au vu des premiers résultats annoncés par BSN, la reconstitution de l’emploi sur le site est plutôt bien engagé » (Vivre à Givors, février 2003). Las, cette nouvelle entreprise délocalisa sur le site quelques salariés pour occuper les locaux – avant de disparaître – mais la centaine d’emplois annoncée constitua rapidement le miroir aux alouettes. La prime empochée ?

Le grand projet de réindustrialisation des huit hectares de la verrerie est présenté aux givordins le 10 septembre 2003. Ensemble, la lettre de la Communauté de communes Rhône-Sud l’annonce : « 530 emplois devraient être créés, en plus de la centaine déjà prévue avec l’arrivée de MG Fil ». Le journal économique Les Echos (11/09/2003) renchérit en citant J.-M. Arrambourg, le directeur général du groupe : « A partir du moment où les instances publiques et les syndicats se sont engagés dans une démarche positive, nous avons pu travailler sur l’après-fermeture dans le cadre d’un projet de ville ». Et présente le contenu du projet : « Le choix s’est porté in fine sur l’aménageur et opérateur lyonnais Schonfeld-Cottet-Dumoulin dont le programme devrait assurer la création, à l’horizon de cinq ans, de plus de 500 emplois : industrie, commerce, restauration et tertiaire. Cela s’ajoute à la centaine de postes de MG Fil, qui s’est installé sur les anciens jardins ouvriers de B.S.N. Glasspack ». Les premières implantations sont attendues pour 2004, le parc devrait afficher complet d’ici 2010, note Le Progrès (11/9/2003) au terme de cette présentation. Pour donner plus de véracité au projet, une maquette du « parc Eugène Souchon » est présentée au public.

Quinze ans plus tard, les entreprises « non nominativement » désignées, les téléopérateurs de télémarketing et autres aménageurs et opérateurs ont disparu sans laisser ni traces, ni emplois. Sans doute n’ont-ils pas épuisé le budget de communication mis à leur service par B.S.N.-DANONE pour dresser le rideau de fumée. A leur place un village automobile s’est constitué sur le site par le regroupement des concessionnaires automobiles de la ville qui sont venus avec leur personnel. Certaines sources évoquent une dizaine d’emplois créés à l’occasion de leur repositionnement. Sur l’ancienne friche industrielle, les projets abandonnés de boucherie et jardinerie, un bâtiment « post-pépinières » et un hôtel d’entreprises dédié aux créateurs était annoncé pour mi-2018 (Le Progrès, 24/11/2015), ainsi qu’un Multiplex Mégarama (Vivre à Givors, mai 2016).

Pendant ce temps-là, le prédateur poursuivait son œuvre. « Signe que les industriels prennent confiance dans une reprise cette fois vraiment perceptible ? Owens-Illinois, numéro un américain de l’emballage en verre, a annoncé, hier, qu’il était prêt à reprendre BSN Glasspack au fonds britannique CVC Capital Partners », (Les Echos, 19/2/2004). L’opération de rachat de BSN Glasspack, avec effet de levier mis au point par DANONE pour se délesté de ses verreries, se bouclait. Sans oublier de réaliser au préalable une nouvelle saignée de 333 emplois, 11% du reste des effectifs afin de conforter le nouveau taux de profit. Le projet était présenté au Comité central d’entreprise juste un an jour pour jour après la liquidation de Givors. Bon anniversaire pour l’emploi, l’équivalent d’une nouvelle usine comme Givors disparaissait.

« La riche proie une fois saisie, il s’est trouvé force chiens à la curée (…) » Chateaubriand.