C.C.E. délocalisé, CRS à pied d’œuvre : BSN-DANONE à la manœuvre !

Le lundi 9 avril 2001 est réuni à Mâcon (Saône-et-Loire) le Comité central d’entreprise de VMC et à Villeurbanne (Rhône) celui de BSN Emballage pour l’annonce d’un nouveau plan social, après la fusion des deux entités. Déjà en 1999 le plan « BSN 2003 » avait entraîné la suppression de 800 emplois dans le groupe qui en comptait 3 000 (Les Echos, 4/4/2001). Les organisations syndicales s’apprêtaient à résister. Un document classé « confidentiel » en date du 5 avril soulignait l’évolution prévisionnelle des effectifs pour 2002 pour chacune des unités du groupe. La verrerie de Givors n’y figurait déjà plus.

Dès l’ouverture de la séance du CCE à Mâcon et l’annonce de la fermeture de Givors, les délégués ouvriers annonçaient la suspension de séance et quittaient la salle. Téléphonant aux délégués ouvriers restés dans l’usine, ils annonçaient leur retour immédiat. En toute illégalité à l’heure de l’ouverture de la séance du CCE, la direction faisait diffuser par ses cadres dans les ateliers l’information de la fermeture de l’usine. Souverain espoir de voir les ouvriers se soulever massivement et spontanément. Dès le matin, les cars de CRS avaient pris position aux abords de la ville avec mission d’intervenir au premier appel. Le schéma était mis au point en complicité entre le pouvoir, ses forces de l’ordre et la direction de l’entreprise pour faire évacuer l’usine au moindre prétexte soigneusement sollicité. Déclarer l’usine fermée, la rendre incapable de poursuivre la production, imposer le plan social à minima, sans négociation. Sous-estimaient-ils leurs adversaires ? Peut-être. Mais le schéma ne fonctionna pas.

Deux heures plus tard, les délégués retour de Mâcon faisaient leur entrée dans l’usine restée attentive à la production. Dès lors, les organisations syndicales CGT et CFDT appuyées par l’ensemble des délégués et des militants prenaient la situation en main. La production devait se poursuivre, mais les négociations s’engageaient désormais dans de meilleures conditions pour les salariés, pas pour la direction et ses actionnaires. Il allait falloir payer et reclasser. L’usine allait encore produire durant 21 mois, mais la livraison de la production serait désormais cadencée par l’avancée ou non des négociations sociales. Donnant-donnant.

C’est ainsi que le 15 janvier 2015 coulait le dernier four, après la conclusion définitive des accords de reclassements et mises en pré-retraite. Pour chacun des salariés une solution fut trouvée. Comme le montre le tableau publié le 28 janvier 2003. La lutte unie, avec le soutien de la population givordine, n’obtint pas le maintien et la modernisation de l’usine, mais gagna tout de même la préservation des intérêts de tous les salariés. Ce qui n’était pas si courant à cette époque. D’autant, comme l’avait déclaré la premier ministre socialiste, que « l’État ne peut pas tout ». « Surtout, lorsqu’il soutient d’abord les intérêts du patronat », rétorquaient les verriers.

Quinze ans après la fermeture de la verrerie de Givors, ses ouvriers sont toujours unis dans leur association et leur site Internet va retracer les événements qui ont marqué la suite de cette funeste casse des 300 emplois de la plus ancienne usine de la ville. Ancienne mais pas vieillotte, car sa rentabilité dépassait les 15 %, mais c’était insuffisant à l’appétit insatiable des actionnaires de la multinationale américaine d’O.I.-Manufacturing et des Fonds de pensions qui réclamaient beaucoup plus.

Franck, le descendant des Riboud, Souchon, Neuvesel – qui depuis la Révolution avaient bâti leur fortune à Givors – avait décidé de vendre le bijou de famille, le « berceau » comme disait Antoine son père, pour s’envoler sous d’autres cieux. Plus d’un milliard, tel fut le niveau de la transaction !