Après les pizzas Buitoni, filiale du groupe Nestlé, contaminées par la bactérie Escherichia coli (E.coli), les chocolats Kinder du géant Ferrero infectés par la salmonelle, c’est au tour de fromages du groupe Lactalis d’être porteurs de la listeria. Des experts mettent en cause un système défaillant et des acteurs obsédés par la rentabilité.


Pizzas Buitoni : une enquête pour « homicides involontaires » est ouverte – Capital.fr

« Avant les crises alimentaires se produisaient tous les dix ans, là c’est tous les jours », déplore Stéfane Guilbaud auteur notamment de « Stop aux mensonges dans l’assiette » (Eyrolles). L’usine qui produit les pizzas Buitoni, filiale du groupe Nestlé, potentiellement à l’origine de deux décès d’enfants, est fermée sur arrêté préfectoral. Les services ont montré des conditions d’hygiène non conformes avec notamment la présence de rongeurs dans la zone de production. Les services de l’État ont lancé des enquêtes pour identifier les dysfonctionnements concernant les deux autres affaires, au sein de Ferrero et Lactalis.

Mais les experts ne se montrent pas surpris par la série de scandales sanitaires. L’ONG Foodwatch pointe un « système défaillant en matière de protection des consommateurs, qu’il faut urgemment réformer ». Aux yeux de l’association, « le système d’auto-contrôles confié aux industriels n’est pas suffisamment efficace ». Il est basé sur la confiance et consiste pour l’État à déléguer aux industriels une partie des contrôles autrefois réalisés par les services officiels. La Cour des comptes pointait déjà du doigt en 2013 des anomalies liées à ces autocontrôles. Les sages de la rue Cambon constataient que certaines non-conformités identifiées par des autocontrôles ne sont pas toujours rendues officielles.

Ce système conduit à une chute des contrôles dans les usines. En effet, la Répression des fraudes (DGCCRF) a supprimé 442 postes d’agents en dix ans réduisant ainsi drastiquement la capacité des agents à contrôler les industries. De même, la Direction générale de l’alimentation en charge de l’inspection vétérinaire (abattoirs) et aussi phytosanitaire (pesticides) a réduit le nombre des inspections de 33 % entre 2012 et 2019.

Cette baisse du nombre de contrôles est « la pire chose à faire », selon Stéfane Guilbaud. Elle a conduit à une course à la rentabilité dans l’industrie agro-alimentaire, ajoute-t-il. « Le problème de l’alimentation industrielle ce sont les actionnaires qui en veulent toujours plus. Ils poussent les producteurs à rechercher un coût de revient toujours plus bas. Résultat, l’alimentation est fabriquée dans l’unique but d’être rentable », déplore-t-il.

Une partie de l’industrie « rogne sur les procédures d’hygiène dans le seul but de préserver ses marges », confirme l’UFC-Que Choisir. Dans le cas de Buitoni, qui appartient au groupe Nestlé, « le nettoyage de nuit, réalisé par des hygiénistes a disparu, remplacé par de la production. Les salariés peu formés doivent assurer comme ils le peuvent », indique la fédération agroalimentaire CGT.

Au temps des élections présidentielles et législatives, où nombre de candidats font la course à la surenchère, il est précieux de se méfier de ceux qui s’engagent sur la réduction massive des postes de la fonction publique. A chaque fois c’est le service public qui est rabougri au détriment des intérêts et de la santé… de leurs électeurs. Pour le plus grand profit des actionnaires des multinationales de l’alimentation notamment.

Source : www.novethic.fr/ (07/04/2022)