PIB (Produit Intérieur Brut) et espérance de vie en bonne santé sont deux indicateurs différents. Le premier quasi centenaire, le second « permet de comparer directement le bien-être humain entre différentes populations mais aussi différentes générations ». Cet indicateur pourrait par exemple être utilisé pour calibrer la réforme des retraites.

En France, l’espérance de vie en bonne santé s’élève à 65,9 ans pour les femmes et 64,4 ans en 2020 pour les hommes, selon les chiffres publiés par l’Insee et basés sur les calculs d’Eurostat. À titre de comparaison, en 2004, les chiffres étaient de 64,3 ans pour les femmes et 61,5 ans pour les hommes. L’espérance de vie sans incapacité n’a donc que légèrement augmenté pour les hommes (+2,9 ans) en seize ans, et celle des femmes encore moins (+1,6 an).

En 2020 aux États-Unis, l’écart est d’environ 5 ans d’espérance de vie entre blancs et noirs, selon les projections de l’IHME (Institut statistique sur la santé publique, ndr). « L’indices de développement humain, comme celui calculé par le PNUD combine PIB, espérance de vie et scolarisation, et fait partie des indicateurs « objectifs », qui ne font pas appel à des données subjectives ». www.novethic.fr/ (31/07/2022)

Mais à l’époque de la domination de la finance sur le monde réel, il ne faut pas croire au Père Noël, la richesse dégagée par le travail humain est le seul critère valable au regard des opérateurs de Bourse. C’est pourquoi tout indicateur du bien-être humain (temps de travail, conditions de travail, santé au travail, droits à la retraite, etc.) est soumis à ce seul critère.

En moins de 40 ans (1980-2018), l’évolution du nombre de cancers diagnostiqués a plus que doublé, passant de 170 000 à 382 000. Période pendant laquelle les nombres et volumes d’utilisation de produits cancérogènes dans l’industrie et l’agriculture a augmenté de façon considérable. Envahissant la vie quotidienne de chacun au travail et au foyer.

Selon la Dares, les toxiques qui touchaient en 2003 plus de 100 000 travailleurs étaient : les gaz d’échappement du diesel ; les huiles minérales ; les poussières de bois ; la silice cristalline, le trichloréthylène ; le formaldéhyde ; les goudrons de houille et dérivés ; le chrome et dérivés ; l’amiante ; les hydrocarbures halogénés et nitrés ; les fibres céramiques réfractaires.

En 2010, selon Santé Publique France, 2,6 millions de salariés (12%) étaient exposés aux cancérogènes sur leurs postes de travail [2 millions d’hommes (12%) et 600 000 femmes (5,9%)] ; 700 000 d’entre eux l’étaient à au moins deux cancérogènes. L’exposition à au moins trois cancérogènes concernait 1,2 % des salariés (2 % d’hommes et 0,3 % de femmes).

Le combat des verriers de Givors pour le classement « amiante » du site givordin – Lors de l’audience devant la Cour administrative d’appel de Lyon, le 17 septembre 20018 / © V.Benais

Mais en 2018, sur 382 000 cancers diagnostiqués, seulement 8 % étaient attribués à une cause professionnelle. La Sécurité sociale n’en reconnaissant que 0,5 % d’origine professionnelle. L’appareil d’État préférant impulser les campagnes anti-tabac que d’accroître les moyens de contrôle des conditions de travail et d’améliorer l’accès à une médecine du travail plus efficiente.

Des campagnes anti-tabac, renouvelées et forcenées à coup d’augmentations régulières des cigarettes, sont destinées à cacher les véritables causes de développement des cancers allant bien au-delà du seul tabac. Même pour le cancer du poumon, qui frappe aussi les non-fumeurs. Alors que de 1950 à 2020, le pourcentage de fumeurs passe de 71 % à 27 %, le nombre de décès par cancer passe de 35 000 à 89 000. Cependant, les risques propres au tabac ne doivent pas davantage être sous-estimés que les risques dus aux HAP (hydrocarbures aromatique polycycliques).

Les verriers de Givors qui marquent les 20 années de disparition de l’entreprise en janvier 2023 connaissent le long combat nécessaire pour faire reconnaître les maladies professionnelles. Seize d’entre-elles ont été reconnues (à l’amiante, silice, arsenic, benzène, HAP, solvants, huiles minérales) dans leurs rangs, après treize années de combat. L’entreprise s’est même portée en Cassation où elle a été déboutée ! Faut pas croire au Père Noël, mais se battre pour le droit.