Un projet de décret – soumis pour avis en séance exceptionnelle de la Commission des accidents du travail et des maladies professionnelles le 29 mars 2022 – acte, dans le régime général, l’entrée du cancer de la prostate provoqué par les pesticides au tableau des maladies professionnelles (tableau 102). Il permettrait de compléter et de faciliter les possibilités d’accompagnement des salariés qui ont été exposés aux pesticides.

C’est l’occasion offerte à Paul Frimat, ancien professeur de médecine du travail à l’université de Lille-2, ancien chef du service des pathologies professionnelles et praticien au centre hospitalier universitaire de Lille, de revenir sur cette nouveauté et sur l’importance d’analyser le facteur professionnel face à des patients affectés par certaines maladies comme le cancer, de rappeler un certain nombre de données fondamentales sur la médecine du travail.

Le système de tableau des maladies professionnelles fonctionnant sur la présomption d’imputabilité reste un modèle unique dans l’approche du système de santé. Le nouveau tableau 102 des pesticides permettra de reconnaître que le cancer de la prostate peut être directement imputable, pour différents métiers, à l’exposition à ces substances. C’était déjà le cas pour les agriculteurs depuis la fin 2021 et ce sera désormais aussi le cas pour les salariés (par exemple les ouvriers des parcs et jardins, les livreurs, les salariés en charge du traitement des eaux et de la propreté, les professionnels soignant les animaux).

Si le salarié remplit les critères exigés par ce tableau 102 (notamment s’il est atteint d’un cancer de la prostate et qu’il est, ou a été, exposé aux pesticides dans son travail), alors sa maladie est présumée d’origine professionnelle. Le patient concerné n’a pas à prouver le lien entre cette maladie et son travail.

Face à tout diagnostic de cancer, le médecin doit interroger le patient sur le métier qu’il exerce ou a exercé, sur les risques éventuels dont il a connaissance et, si nécessaire, prendre contact avec le service de santé au travail. Le facteur professionnel est une réalité : de 6 à 8 % des cancers sont liés au métier exercé par le patient, et jusqu’à 14 % dans certains cas, comme le cancer du poumon. Dans ce dernier cas, par exemple, il ne faut pas s’arrêter au fait que le patient est fumeur. L’amiante peut en être aussi une cause.

Si, au moment où il pose le diagnostic (un cancer par exemple), le médecin a un doute et pense qu’il y a un lien potentiel avec le métier exercé par le patient, alors il doit lui suggérer de faire une déclaration de maladie professionnelle et rédiger un certificat médical décrivant la pathologie à cet effet. J’incite mes confrères à être dans cette dynamique : réfléchir à la part professionnelle, notamment sur les pathologies comme les cancers et les maladies dégénératives. Pour ces pathologies, les patients sont souvent âgés et ne voient plus l’intérêt de faire la démarche. Ils méconnaissent cette déclaration et peuvent avoir des craintes : le rôle du médecin est de les accompagner, de les rassurer et de leur expliquer le bénéfice d’une telle démarche, qui ouvre droit à des prestations et indemnités plus avantageuses. La déclaration d’une maladie professionnelle est aussi une démarche de prévention. Au stade précoce, elle déclenche des mesures d’adaptation du poste de travail au plan individuel et des mesures collectives de protection pour réduire le risque.

En établissant un certificat médical initial, le médecin ouvre une voie d’entrée primordiale pour commencer l’analyse de la maladie professionnelle. Il faut rappeler que ce rôle du médecin est inscrit dans la loi : tout docteur en médecine doit déclarer tout symptôme d’imprégnation toxique ou toute maladie qui, à son avis, présente un caractère professionnel (article L. 461-6 du Code de la sécurité sociale). Cette participation active des médecins permet une meilleure connaissance des pathologies professionnelles et permet également de réviser et d’adapter les tableaux de maladies professionnelles.

Source : https://www.ameli.fr/rhone/ (30/03/2022)