En 2020, l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes a sollicité Santé publique France pour documenter d’éventuels excès de cancers parmi les riverains des plateformes industrielles de Pont-de-Claix et de Jarrie dans le Sud-Grenoblois (département de l’Isère).

L’étude réalisée par Santé publique France compare les niveaux d’incidence des cancers et de la mortalité par cancer dans les communes voisines des plateformes industrielles de Pont-de-Claix et de Jarrie avec ceux observés dans le département de l’Isère. Les données de mortalité portent sur la période 2003 à 2013 et sur deux zones d’étude : une zone constituée des quatre communes les plus proches de la plateforme et une zone élargie constituée de 18 communes.

Toutes localisations confondues, la situation du cancer dans les communes riveraines des plateformes industrielles de Pont-de-Claix et de Jarrie est très proche de celle du département de l’Isère. Chez les hommes, les niveaux d’incidence et de mortalité sont tout à fait comparables à ceux de l’Isère dans la zone resserrée comme dans la zone élargie. Chez les femmes, l’incidence est considéré « légèrement supérieure à la moyenne départementale (non significatif) et la mortalité légèrement inférieure (non significatif) ».

On eut connu des études de Santé publique France scientifiquement plus rigoureuses. Comparer des résultats sur quatre communes à ceux du département pour en tirer une conclusion ne paraît pas des plus rationnel. Car la comparaison inclut le secteur considéré, d’une part, et compare avec un département, lui-même très marqué par l’industrie chimique, d’autre part. On a connu le même procédé utilisé dans une précédente étude réalisée autour de la plateforme de Roussillon (Isère). L’analyse comparative aurait été plus pertinente avec un autre département dépourvu d’industrie.

Néanmoins, malgré ces réserves, « Les analyses par localisation montrent en revanche un excès important de mésothéliomes de la plèvre chez les hommes mais aussi chez les femmes, notamment dans les quatre communes les plus proches du site. Tous les hommes et la moitié des femmes domiciliés sur le secteur et atteints d’un mésothéliome pleural qui ont pu être interrogés sur leur parcours de vie dans le cadre du Programme national de surveillance du mésothéliome (PNSM) déclarent une exposition professionnelle, le plus souvent dans une entreprise du site. Pour certaines femmes l’exposition est para-professionnelle (fibres d’amiante ramenées au domicile par le conjoint). Ces résultats sont cohérents avec le fait que l’amiante est le principal facteur de risque reconnu pour le mésothéliome et que l’exposition se fait le plus souvent dans un cadre professionnel ou para-professionnel. »

Ce qui souligne que la comparaison avec les chiffres d’un département dépourvu d’industrie aurait été beaucoup plus probante pour la situation du cancer et ses niveaux d’incidence et de mortalité. L’« excès important de mésothéliomes de la plèvre » est déjà significatif des risques encourus par les travailleurs et leurs famille auprès de l’industrie chimique. Et de leurs familles, car l’étude nous montre que pour« certaines femmes l’exposition est para-professionnelle (fibres d’amiante ramenées au domicile par le conjoint) ».

Vallée chimie : Saint-Fons, Feyzin et la raffinerie

On ne peut qu’encourager Santé publique France à poursuivre ce genre d’étude – avec plus de rigueur – pour mieux comprendre le développement exponentiel des cancers dans notre pays. Rapprocher les cancers connus des produits fabriqués, utilisés, manipulés par les victimes. Même s’il demeure des entraves dans certains départements comme le Rhône, voisin de l’Isère, alliés dans la Vallée de la chimie : département où il n’existe pas de registre des cancers contrairement à l’Isère.

Source : Santé publique France, « Cancers autour du bassin industriel du Sud-Grenoblois », juin 2022