Il n’y a pas que les verriers qui le constatent. « Le recul impressionnant de 67 ans à 63 ans de l’espérance de vie en bonne santé en France depuis 5 ans nous place dans l’avant dernière position en Europe, juste devant le Portugal, en queue de peloton ; et on continue à nous bassiner avec l’excellence de la médecine française et de son organisation ! Dans le même temps, on veut mettre l’âge de la retraite officiel au-delà de cette espérance de vie en bonne santé qui recule ! La réforme de la retraite est inaudible sans une véritable remise à plat préalable de la politique de santé et sociale, ce qui ne signifie en rien des dépenses somptuaires et le laisser-aller financier mais la nécessité d’arracher des griffes des comptables la gestion de la politique de santé car, grâce à eux, on est dans un déclinisme rapide », écrit le 7 juillet dernier le Dr François Zanaska Cardiologue, Président de la CME [Commission médicale d’établissement] de l’hôpital de Chantilly, Ancien président de la Conférence nationale des présidents de CME du secteur privé non lucratif, dans le Quotidien du médecin.

Et le médecin de poursuivre : « Aucun ministre de la Santé, aucun gouvernement ces dernières années n’a su mettre en avant que la santé, ce n’est pas une dépense mais un investissement ; et qui plus est rentable financièrement pour la Nation qui se porte mieux avec des citoyens en bonne santé (qu’ils soient actifs ou retraités) qui restent des consommateurs actifs et des contribuables (et il y a évidemment d’autres paramètres). On a théoriquement des ministres de la Santé mais une assurance maladie, et ça ne choque pas ? ! Il faut déjà en sortir en réfléchissant santé et non plus seulement dépenses de prise en charge de la maladie mais surtout investissement pour la santé. »

Le médecin cible des insuffisances du système de santé français : « Des établissements et des personnels au bout du rouleau. On n’empêchera pas les gens de mourir mais si on les aide pour les maintenir en bonne santé (ce qu’on ne fait absolument pas en France), ils s’en porteront mieux que si on se contente de soigner leurs maladies avec des moyens de plus en plus inadaptés et des établissements de soins au bout du rouleau moral et financier où le personnel soignant transpire la déprime, le désarroi et le sentiment d’être sous efficace et sous payé. Qui, à notre époque, est encore heureux et fier de travailler dans son établissement de soin ? Trop peu de monde. La seule maladie à traiter d’urgence est celle de la politique de santé incohérente et étriquée menée depuis des décennies au détriment de la population et malgré un budget énorme mais mal ciblé. »

L’ancien président de la Conférence nationale des présidents de CME du secteur privé non lucratif pointe les responsabilités des dérives financières de la gestion des établissement hospitaliers et ouvre des voies d’amélioration de la situation : « Est-ce que les ARH puis les ARS ont changé la donne ? Aucunement ; ce sont des gestionnaires en région dont les responsables et décideurs suivent les instructions centrales d’un ministère de la Santé sous tutelle de Bercy qui, lorsque par inadvertance il se sort en sa faveur d’un arbitrage financier, a l’impression d’un miracle et d’un coup de génie alors qu’il devrait être politiquement autonome avec une vraie stratégie d’amélioration de la situation de santé de la population. Un vrai ministère de la Santé avec rang de ministre d’État fonctionnant sur des bases constitutionnelles rééquilibrées (faire une charte de la santé – à l’image de la charte de l’environnement introduite en 2004 par Chirac et Hulot — permettrait de redonner à l’État son pouvoir régalien en termes de santé) pourrait être un point de départ solide pour sortir d’une situation inextricable et inexplicable aux Français qu’on soigne de plus en plus mal et qu’on veut mettre en retraite au-delà de l’âge d’espérance de vie en bonne santé, avec une population concernée qui, entre 55 et 65 ans, n’a un taux d’employabilité que de 30 %. »

De plus en plus de professionnels condamnent la dérive inhumaine de la politique du pouvoir en matière de santé, il faut s’en réjouir. Le recul de l’espérance de vie en bonne santé ne saurait constituer le succès d’une politique !

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