Lors du congrès annuel de la Société européenne d’oncologie médicale, l’ESMO, qui se tenait à Paris début septembre, une équipe anglaise a annoncé, avoir découvert le mode d’action des particules fines (PM2,5), responsables chaque année de 250 000 de morts par cancer du poumon dans le monde.

« Cette étude met en évidence un modèle original de développement du cancer », commente Suzette Delaloge, oncologue médicale, directrice du programme de prévention personnalisée des cancers à l’institut Gustave-Roussy, à Villejuif. Dans le modèle classique, un toxique (comme la fumée de tabac) déclenche des mutations qui, en s’accumulant, suffisent à déclencher un cancer. Mais ce n’est pas le cas pour les sujets observés dans cette étude : « Il faut une étape supplémentaire, qui est une inflammation. » Les particules fines créent ce processus inflammatoire, qui déclenche la transformation tumorale de certaines cellules des voies respiratoires seulement, celles qui portent des mutations à risque.

C’est une approche scientifique nouvelle, extrêmement intéressante, permettant de voir plus clairement la part du tabac dans la survenue des cancers du poumon et les décès nombreux qui s’en suivent. Elle contribue à mettre en cause ce dogme idéologique largement soutenu par le patronat auprès du corps médical pour faire prévaloir la responsabilité des salariés dans le développement des maladies professionnelles, afin d’estomper les siennes propres. Évidement, le coup du tabac n’est plus crédible… chez les non-fumeurs.

Présentes dans les gaz d’échappement des véhicules motorisés et dans les fumées issues de la combustion de carburants fossiles, les particules fines sont invisibles à l’œil nu. Leur diamètre est inférieur ou égal à 2,5 micromètres – d’où leur nom de « PM2,5 » –, soit vingt à trente fois moins que le diamètre d’un cheveu. « Du fait de cette petite taille, elles pénètrent très loin dans les voies aériennes, en particulier dans les poumons », explique Suzette Delaloge. Ces PM2,5 sont responsables d’environ 14 % de l’ensemble des morts par cancer du poumon. Si ces particules sont issues des gaz d’échappement, il faut aussi penser – comme chez les verriers – aux vapeurs d’hydrocarbure issues des graissages des moules de fabrication à 800° (entre autres).

« Le tabac, pour sa part, provoque à lui seul environ 63 % de ces morts. », ajoute néanmoins dans l’article en question le journaliste qui s’appuie sur un slogan idéologique largement développé par le patronat et repris dans le monde médical, sans s’appuyer sur aucune étude scientifique existante !

Selon plusieurs organismes en 2006, et sous couvert du ministère de la Santé, entre 1950 et 2006 la mortalité par cancer du poumon est passée de 2 636 victimes à 22 036. Une autre publication de l’Inserm (C. Hill), donne à population constante, entre 1950 et 1990 une multiplication de 4 à 5 ; Selon l’Institut national du cancer, dans une étude de 2018, il y a eu, pour les hommes, entre 1990 et 2018, une stagnation dans la survenue des cancers du poumon mortels et non mortels (– 0,3 % avec 31 231 victimes).

Pendant ce temps-là le nombre fumeurs diminue considérablement. Chez les hommes, les fumeurs réguliers en 1953 représentaient 72 % de la population adulte, elle a chuté à 27 %. Elle a donc été divisée par presque trois. D’un autre côté, pour les hommes, tous cancers confondus, il y avait 35 000 décès en 1950 et 89 000 en 2020. Il faudrait intégrer dans la réflexion l’évolution positive du taux de survie liée à la qualité des soins. À qualité de soins égale, la différence serait encore plus importante.

En 2009, une étude américaine estimait que 10 % à 15 % des cancers du poumon survenaient chez des non-fumeurs, mais « cette proportion est en augmentation », a tenu à préciser le professeur Charles Swanton, de l’Institut Francis Crick et du Collège universitaire de Londres (Royaume-Uni), lors d’une conférence de presse à l’ESMO. L’étude que ce chercheur renommé a conduite tire sa force d’une combinaison d’approches et de techniques, qui vont de l’épidémiologie à la biologie cellulaire et moléculaire, en passant par des modèles animaux et humains.

Des éléments à mettre en débat pour s’intéresser aux causes réelles du développement des cancers et de leurs décès consécutifs.

Source : www.lemonde.fr ; Exposition aux produits chimiques : tous concernés, La CGT 19/01/2022