Au cours de certaines utilisations (lubrification moteur, trempe, électro-érosion et frappe), les huiles minérales subissent de fortes contraintes thermiques et peuvent, par conséquent, s’enrichir en HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), les températures favorables à la formation du Benzo[a]pyrène (BAP) se situant entre 600 et 850°C. Le Benzo[a]pyrène recouvre un certain nombres de dangers, identifiés en diverses codifications : H317 (Peut provoquer une allergie cutanée) ; H340 (Peut induire des anomalies génétiques) ; H350 (Peut provoquer le cancer) ; H360FD (Peut nuire à la fertilité. Peut nuire au développement) ; H410 (Très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme) ; rappelle l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), qui souligne que les conseils de prudence sont sélectionnés selon les critères de l’annexe 1 du règlement CE n° 1272/2008.

Les verriers de production de verre d’emballage (pots et bouteilles) sont particulièrement soumis à ces risques lors du graissage des moules de fabrication formant le verre entre 800 et 1 000°. A Givors, l’un d’eux ouvrier en secteur fabrication a d’ailleurs a été reconnu en maladie professionnelle en 2004 au tableau 36 de la Sécurité sociale, pour une dermatose. Dans une étude « Estimation du potentiel cancérogène des huiles minérales régénérées », l’INRS souligne que le tableau 36 bis des maladies professionnelles concernant les affections cancéreuses provoquées par les dérivés du pétrole, les huiles régénérées sont particulièrement mises en cause. Et fait apparaître le manque de visibilité sur les risques cancérogènes des huiles minérales utilisées.

Les risques engendrés par l’usage des huiles minérales dans l’industrie ne sont pas circonscrits aux ouvriers les employant en production. Ils s’étendent aux consommateurs, comme le montre l’évolution actuelle de la législation. Journaux, magazines, catalogues, prospectus, emballages, etc. contiennent avec les encres des risques importants dus aux huiles minérales, lesquelles peuvent migrer à terme – et au gré du circuit de recyclage – dans des fibres recyclées, note Acteurs, la revue périodique des industries de l’imprimerie. Qui précise : les huiles minérales ne sont pas indésirables uniquement dans les produits imprimés directement destinés à l’emballage alimentaire, mais également dans les produits susceptibles d’être mêlés dans le cadre d’un procédé de recyclage. Ou même bien avant, via la collecte des ordures ménagères, lieu de mélanges et donc, potentiellement, de contaminations croisées.

En conséquence, la loi n°2020-105, art. 112 du 10 février 2020, sur le gaspillage et l’économie circulaire, prévoit : « A compter du 1er janvier 2022, il est interdit d’utiliser des huiles minérales sur des emballages. A compter du 1er janvier 2025, il est interdit d’utiliser des huiles minérales pour des impressions à destination du public. Pour les lettres de prospectus publicitaires et de catalogues non sollicités visant à faire de la promotion commerciale, cette interdiction s’applique à compter du 1er janvier 2023 ». Sans omettre les perturbateurs que peuvent être les colles, certaines teintes de fibre, la présence d’éléments non-fibreux (plastiques, vernis, etc.)

Ce coup de projecteur sur la production, puis les produits de consommation met en évidence – à propos des huiles minérales, mais aussi plastiques, vernis, etc.) la chaîne de transmission des risques industriels du producteur au consommateur. Avec le développement considérable de l’usage des produits chimiques – dont on ne connaît pas la toxicité qui peut évoluer selon la température d’usage – on comprend mieux le développement exponentiel des cancers de toutes sortes de nos jours. Rappelons que selon Santé Publique France leur nombre annuel est passé de 170 000 à 382 000 de 1980 à 2018. Soulignons aussi la faiblesse de la recherche sur les les origines des cancers. L’Assurance maladie / risques professionnelle (Enjeux et actions, avril 2019) a beau jeu de cibler le tabac (20%) et l’alcool (8%), mais d’en abandonner 53 % dans les « autres » origines, le trou noir de la recherche.

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