Dix années de luttes collectives pour des salariés d’une entreprise fermée depuis 17 ans telle est la recette pour obtenir la reconnaissance de maladies d’origine professionnelle. Rappelons que les cancers d’origine professionnels liés à l’amiante peuvent se déclarer jusqu’à 50 ans après l’exposition aux fibres. Les nombreux obstacles dressés face aux demandes individuelles et collectives doivent être vaincus un à un [Dix ans 1-5]. Peu de monde dans ce domaine des risques professionnels veut reconnaître que telle leucémie, tel cancer de la peau, tels cancer des poumons peuvent être la conséquence des expositions à la silice, à l’arsenic, au benzène, aux hydrocarbures, à l’amiante, aux solvants et à bien d’autres produits toxiques utilisés quotidiennement en production. Nombre de médecins, de médecins-conseil, de comités régionaux de reconnaissance de maladie professionnelle (CRRMP), la Sécurité sociale, les agences régionales de santé (ARS), etc. préfèrent culpabiliser les victimes plutôt que d’assumer leurs responsabilités.

A la verrerie, le graissage des moules à 800° dégage une vapeur d’hydrocarbure hautement cancérogène, des HAP, toutes les 20 minutes. L’amiante y est largement utilisée.

Les victimes fumeraient trop, boiraient trop, mangeraient trop, ne feraient pas assez de sport, etc. mais nul dans ce milieu ne se pose la question que posait déjà Bernardo Ramazzini (1633-1714) : « Ecoutons Hippocrate : il faut lui demander (au malade) ce qu’il sent, quelle en est la cause, depuis combien de jours mais à ces questions qu’il me soit permis d’ajouter : et quel métier fait-il ? » (Traité ‘Des maladies des artisans’, 1700). On s’interrogerait alors sur les risques engendrés par les produits toxiques mis en œuvre par les verriers : Poussières de métaux, Poussières minérales provenant généralement de matériaux de construction : sable, béton, silice, granit, briques, ciment, verre ; Solvants, diluants pour peintures, vernis, colles ; Fumées dégagées lors du chauffage ou de la combustion d’huiles, de graisses, de matières végétales ; Huiles et graisses de lubrification ; Poussières de brai, de graphite, de noir de carbone, de suie, de coke, de charbon (source INRS). Mais ce serait remonter à la source : quelles protections des travailleurs sur les lieux de production ?

XI – Les verriers de Givors ne sont pas seuls

Sur cette période d’action pour la reconnaissance des maladies professionnelles, l’association a su mobiliser ses adhérents dans ses différentes initiatives. Les victimes et leur famille lui ont fait confiance. Elle a su rassembler des compétences bien au-delà de ses rangs, lui permettant d’être plus efficace. L’organisation de trois colloques et sur le thème des risques professionnels le permit : Octobre 2012, organisé à Grigny sur le thème « Contribution à la reconnaissance des maladies professionnelles des verriers exposés aux produits toxiques silice, amiante et CMR (cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction) » ; Octobre 2015, organisé à Givors avec ce constat à débattre : « Les verriers ne sont pas seuls exposés aux risques professionnels. » ; Novembre 2019, tenu à Givors en partenariat avec Science-Po Lyon et la participation de militants des questions de santé au travail et universitaires venus de plusieurs départements pour engager deux jours de travaux sur le thème : « Du travail au lieu de vie. Quelles mobilisations contre les risques professionnels et environnementaux ? ».

Dès l’issue des travaux du premier colloque, fut créé auprès de l’association un Conseil scientifique rassemblant médecins, scientifiques et juristes permettant aux verriers non seulement de mieux se retrouver dans le maquis de ce « parcours du combattant » pour la reconnaissance des maladies professionnelles. C’est ainsi que les victimes, avec l’aide des avocats du cabinet Teissonnière et des scientifiques de l’Association Henri-Pezerat, tels Annie Thébaud-Mony et Philippe Davezies, ont pu surmonter nombres d’obstacles, de pièges et en sortir avec des succès judiciaires.

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Débuté au printemps 2009, ce combat pour la reconnaissance de l’origine professionnelle des maladies qui déciment les verriers de Givors, se poursuit. Nous pensons que la communication de cette expérience est nécessaire pour entretenir la mobilisation des victimes de cette entreprise, mais aussi pour que cette expérience aide à la lutte des autres victimes pour la reconnaissance de leurs droits et se gardent de toute illusion. Seules la mobilisation et l’action la plus large et la plus unie sont déterminantes.

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