La litanie des Comités régionaux de (non) reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) est connue : « Les facteurs de risques connus du cancer de l’amygdale sont : le tabagisme, la consommation chronique d’alcool, les infections par le virus HPV. Dans l’état actuel des connaissances scientifiques, il n’existe pas de facteurs professionnels établis comme augmentant le risque de cancer de l’amygdale. Dans ces conditions, le Comité ne retient pas de lien direct et essentiel entre la maladie et l’activité professionnelle » (Lyon, 21/04/2009). Fermez le ban ? Pas si sûr…

En tout cas pas l’avis de la Cour d’appel de Lyon (17/11/2017) : « Nonobstant les deux avis négatifs des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles […] la preuve est rapportée d’une relation causale essentielle et directe, c’est à dire prépondérante et non associée à des facteurs personnels, entre la maladie et la polyexposition habituelle du salarié à des substances cancérogènes au cours de la totalité de ses 40 années de carrière professionnelle, et particulièrement durant ses 30 années de présence au sein de la verrerie de Givors. »

Les risques pathologiques des verriers sont connus depuis deux siècles, mais il est encore des médecins du « Centre de consultation des pathologies professionnelles » pour les nier et renvoyer la responsabilité des risques sur les victimes ; aujourd’hui c’est l’alcool et le tabac, au XIXe siècle s’était la syphilis due à la mauvaise vie des ouvriers, comme nous allons le rappeler au cours de ces deux articles.

Le 24 janvier 1824, le nommé Melchior Andrisse, âgé de 24 ans, d’une constitution des plus robustes, d’une taille très élevée, à poitrine large, bien développée, souffleur de verre de profession fut pris de frissons considérables suivis d’une douleur intense dans tout le côté droit de la poitrine, et principalement au-dessous du sein, accompagnée d’une difficulté extrême de respirer et d’une toux suffocante. Ainsi débute ce numéro de Genverre édité par l’association des généalogistes verriers d’Europe, sur les « maladies des verriers, XIX-XXe siècle », www.genverre.com. Faisant l’historique de la question au sein des verreries de Marseille, Montluçon, Rive-de-Gier, Givors, Saint-Gobain, etc. sur deux siècles.

En 1881, le docteur Guinand, dans un long rapport « hygiène et prophylaxie par la visite sanitaire » basé sur ses observations dans la vallée du Gier et concernant les mines, la métallurgie et l’industrie verrière, observe les risques sanitaires industriels. Il identifie dans l’industrie verrière les risques pour les ouvriers : maniement de la canne (pour le soufflage du verre) ; l’éclat de la lumière ; l’intensité de la chaleur ; le soufflage du verre ; la poussières. Ainsi que les lésions provoquées par le soufflage du verre : lésions mécaniques, lésions physiologiques, lésions de contagion. Concernant cette dernière lésion, il pousse sa réflexion sur la contagion de la syphilis : historique, clinique et prophylaxie, pour promouvoir la nécessaire visite périodique mensuelle dans les entreprises.

Cette canne de souffleur qui passait d’une bouche à l’autre…

Au congrès médico-chirurgical, tenu à Rouen en 1863, à propos de la syphilis contractée par les ouvriers verriers, le Dr Viennois de Lyon a rappelé la première communication sur le sujet par le Dr Rollet, chirurgien en chef de l’Antiquaille, en 1859, révélant le « mode particulier de contagion de la syphilis qui consiste à prendre la maladie par l’instrument de soufflage du verre appelé canne. » Alors que nombre de ses confrères attribuait cette contagion à la mauvaise vie des ouvriers…

En 1862, le Dr Chassagny, médecin lyonnais, met au point un embout pour les cannes de soufflage passées de l’un à l’autre : du gamin cueilleur qui la passe au grand garçon, ce dernier à l’ouvrier verrier avant que recommence le cycle. Un embout individuel qui évite la transmission de la maladie. Le 27 septembre 1863, les Drs Chassagny et Nodet se rendent dans les usines que dirige M. Raabe à Rive-de-Gier pour les essais qui s’avèrent concluant, même s’il conduisent à une petite baisse de la productivité. Ainsi sont mis au point les conditions de baisse de cette contagiosité : usage d’embouts de canne individuels et visites médicales mensuelles.

Parmi les pathologies rencontrées dans cette population de verriers on reconnaît déjà les pneumonies, les maladies des yeux, cataractes dues à la chaleur et lumière vive ; le saturnisme dû à l’exposition au plomb. Les trop jeunes enfants (7-8 ans) qui travaillent presque toujours en courant pendant dix à douze heures, connaissent l’étiolement, un arrêt du développement des plus préjudiciables, de fréquentes gastralgies.

Dans un article de l’Humanité du 27 mai 1914, les frères Bonneff mettront en évidence les risques liés à l’exposition à l’amiante : « la mort par les poussières » et mettrons en évidence les moyens à mettre en œuvre pour protéger les ouvriers : maintenir les sols humides, laver à grande eau sols et murs, aération continue, interdire la prise de repas sur les postes de travail, mettre à disposition vestiaires et lavabos convenables, humidifier les matières à travailler. Les scientifiques réclament une réglementation spéciale « comme celle qui régit l’industrie du plomb, du mercure, etc. » Il faut réglementer d’urgence, interpellent-ils. Il faudra attendre le 31 août 1950 pour que soit publié le décret instituant le tableau 30 du régime général reconnaissant les affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante ; et le 22 mai 1996 pour le décret reconnaissant parmi les maladies professionnelles le cancer broncho-pulmonaire (tableau 30 bis) provoqué par l’inhalation de poussière d’amiante !

quis elit. massa leo. id, efficitur. pulvinar risus. dictum dapibus non