La verrerie de Givors a fermé en janvier 2003, les verriers unis dans le combat contre la fermeture d’une entreprise rentable (15,5 % de résultat opérationnel) sont restés unis après la fermeture, s’organisant immédiatement en association. C’est ainsi organisés qu’ils ont pu prendre conscience des risques industriels sur leur santé. Les maladies peuvent être reconnues d’origine professionnelles par la Sécurité sociale 10, 20, 30, voire 40 ans après une exposition toxique. Dès la retraite venue la maladie peut apparaître. Les verriers organisés ont pu ainsi faire le lien entre les pathologies naissantes et les expositions possibles au travail. Pour cela un énorme travail de recherche a été entrepris dès le printemps 2009, tout d’abord par le lancement d’une enquête de santé parmi les membres de l’association.

Sur 645 questionnaires envoyés, les verriers obtenaient 209 réponses : 127 cas de maladies ou décès, soit plus de 50 %. Ce sont 210 pathologies qui sont observées (un individu pouvant en développer plusieurs). Parmi celles-ci : 93 cancers, 82 autres pathologies déterminées, 10 autres non déterminées, 11 morts subites et 10 décès non précisés. Les cancers touchaient les poumons, la prostate, les intestins, le cerveau, l’appareil digestif, le foie, les glandes, l’appareil ORL, les reins, le sang, la vessie, le foie, les os ; les problèmes cardiaques apparaissaient en grand nombre. Dix fois plus de cancers que dans le monde du travail (Enquête ESTEV, MdT). Sur 104 décès verriers, dont on connaît l’âge de décès, 35 % disparaissent avant 66 ans et 74 % avant 79 ans. Les 3/4 des verriers meurent avant la durée moyenne de vie des hommes en France.

Au cours de leur enquête, les verriers mettent à jour deux études scientifiques réalisées sur la pollution des sols et des eaux sur le terrain de la verrerie. Ces études font l’objet d’arrêtés préfectoraux de réglementation de l’usage des terrains et des eaux, avec des interdictions formelles d’usages.

A l’heure où la ville de Givors s’interroge sur la santé de ses habitants, on ne peut ignorer le passé industriel de la ville et les traces délétères laissées dans les corps des travailleurs. Les entreprises ont disparu, mais les hommes demeurent encore avec leurs pathologies révélées, ou hélas en devenir possible.

6 000 emplois industriels massacrés sur l’agglomération givordine.

Dix-neuf entreprises industrielles de l’agglomération givordine ont disparu depuis 1950 (6 000 emplois), des retraités actuels y ont travaillé. Des familles ont été enfumées. Les activités et produits dans ces entreprises : sidérurgie, fonderie, métallurgie, mécanique, briqueteries, plastique, engrais, transport de produits dangereux, charbon, sable, chimie, verrerie, centrale thermique, encres, solvants, amiante, pétrochimie, bâtiment, imprimerie, cartonnage, etc. Ils engendrent des risques professionnels connus : maladies cardiovasculaires, troubles musculo-squelettiques (TMS), maladies respiratoires, tumeurs diverses, cancers du poumon, troubles psychiques, cancers de la vessie, hémopathies, affections gastro-intestinales, diabète, obésité, etc. Un certain nombre de ces risques demeurent présents dans les entreprises, administrations et surfaces commerciales actuelles.

Ce n’est pas un hasard si ces pathologies sont observées dans le Diagnostic Local de santé. La Sécurité sociale classe les maladies professionnelles dans 99 tableaux, identifiant pas moins de 2 500 agents en causes, déclinés avec des délais de prise en charge et une liste limitative de travaux les provoquant. Vingt-quatre tableaux recouvrent les risques identifiés dans les entreprises givordines. L’exposition à plusieurs cancérogènes (polyexposition) n’est par reconnue, pourtant les verriers ont fait reconnaître par les tribunaux deux cancers des voies aérodigestives supérieures en polyexposition à l’amiante, aux hydrocarbures et solvants. C’est un combat qui doit être mené, les verriers n’ont-ils pas obtenu la reconnaissance de quatorze maladies d’origine professionnelle. Le combat pour le respect de la santé au travail ne s’oppose pas au développement industriel mais porte plus haut l’exigence de process protecteurs des ouvriers et de l’environnement. La disparition des industries givordines n’est pas la conséquence de ce combat, mais l’inverse.

Le traité de Paris le 18 avril 1951 créant la CECA visait, paraît-il, à « réduire leurs coûts, tout en prenant en charge l’amélioration des conditions de vie de leurs salariés et leur reclassement en cas de licenciement ». Encore une promesse des promoteurs de l’Europe qui n’a pas été tenue.

sem, mattis Lorem Aliquam justo id quis pulvinar Phasellus Curabitur luctus amet,