La Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) fut fondée par le traité de Paris le 18 avril 1951 pour une durée de 50 ans. Elle rassemblait six nations, unifiant l’Europe de l’Ouest durant la Guerre froide et créant les bases d’une démocratie européenne et le développement actuel de l’Union européenne. La proposition de sa création, annoncée par Robert Schuman (lors de son discours du 9 mai 1950, devenu journée de l’Europe), alors ministre français des Affaires étrangères, était un moyen annoncé d’empêcher une nouvelle guerre entre la France et l’Allemagne. Elle voit le jour par la signature du traité instituant la CECA par la France, la RFA, l’Italie et les pays du Benelux (composé de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas). L’objectif était de « soutenir massivement les industries européennes du charbon et de l’acier pour leur permettre de se moderniser, d’optimiser leur production et de réduire leurs coûts, tout en prenant en charge l’amélioration des conditions de vie de leurs salariés et leur reclassement en cas de licenciement ».

Voilà de beaux engagements susceptibles de recueillir un large soutien des peuples européens qui ont tant souffert de la guerre, des destructions, des deuils et de la misère engendrés par la barbarie nazie. Mais cela mérite un petit bilan local. Avec soixante-dix ans de recul il est intéressant de mesurer les résultats pour les territoires et leurs populations. Particulièrement pour l’agglomération givordine.

Fives-Lille à Givors, sortie d’usine.

Les hauts-fourneaux Prénat à Givors fermaient en 1962 (700 emplois) ; les hauts-fourneaux de Chasse-sur-Rhône fermaient en 1966 (700 emplois) ; la Compagnie Fives-Lille, métallurgie à Givors, qui comptait 1 500 salariés en 1957, n’en employait plus que 245 avant de fermer en 1980 ; la Briqueterie Catton, passée sous le contrôle du Groupe Saint-Gobain en 1974, fut fermée en 1980, car on n’a plus besoin de briqueterie lorsque les hauts fourneaux ont disparu.

Le plan Jeanneney, du nom du ministre de l’énergie de l’époque, publié en 1960 préconisait la diminution de la production de charbon en France, le Plan Bettancour (1968) organisait la réduction progressive de la production charbonnière. Quand on liquide la sidérurgie, il n’y a plus besoin de charbon. Pourtant quinze ans plus tôt la France s’est appuyée largement sur les mineurs pour rebâtir le pays.

Le plan d’avril 1983 apparaît déjà comme une « purge », selon le mot de Jacques Delors ministre de l’économie du gouvernement Mauroy sous Mitterrand. La suite ne le dément pas. « Il faut nettoyer notre industrie », explique François Mitterrand à Pierre Mauroy au début d’octobre 1983. Le 5 octobre, la tâche est confiée à Laurent Fabius (l’artisan du dégraissage industriel), qui est passé du Budget à l’Industrie après le départ de Jean-Pierre Chevènement. Le cadre général est fixé aussitôt sous la forme d’une « Charte de la modernisation industrielle ». La « Modernisation industrielle » devient d’ailleurs l’intitulé officiel du ministère occupé par Laurent Fabius. Le 30 janvier 1984, à l’issue d’un séminaire gouvernemental, la traduction concrète en est décidée : 14 « pôles de conversion » sont fixés en Lorraine, dans le Nord, la Loire et les chantiers navals de Méditerranée. La désindustrialisation est engagée. Le plan acier du gouvernement (29 mars 1984 ) prévoit 20 à 25 000 disparition d’emplois dans la sidérurgie (sur 90 000).

La modernisation industrielle se poursuit dans le bassin d’emploi givordin. Les Pâtes Bertrand à Grigny, sont fermées en 1976 (une centaine de salariés) ; le dépôt SNCF de Badan à Grigny disparaît dans la décennie 1970 avec plusieurs centaines d’emplois ; Berthiez, réputée entreprise de production de machine-outils, ferme en 1982 (660 emplois) ; Coignet-Rousselot à Grigny, produits chimiques à partir des os, de 1980 à 1983 les effectifs diminuent de 13 % et de 16 % sur les seules unités françaises, disparut au début des années 1980 ; l’Imprimerie Martel à Givors, suite à un incendie (1974) crée Imprima avec l’imprimerie Molière de Lyon, à Saint-Romain-en-Gier pour disparaître définitivement en 1975, avec 284 emplois ; avec Jankiry à Grigny, articles de puériculture, disparaissent (en 1985) 60 emplois ; l’industrie chimique voit disparaître avec AZF à Chasse-sur-Rhône (en 1987) 170 emplois ; Actif à Ternay, entreprise de métallurgie, disparaît en 1986 avec 250 emplois ; la Centrale thermique EDF de Loire-sur-Rhône, ferme définitivement en avril 2004, (140 agents en 1997, 90 en 1999). Quand on ferme les mines de charbon de Saint-Etienne, on ne va pas conserver les centrales thermiques, ni les emplois ; la verrerie de Givors (1749-2003) comptait 680 salariés en 1970, disparaît en 2003 avec 317 emplois. La recherche de la rentabilité à tout prix se payent par la suppression de milliers d’emplois… A SUIVRE.

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