Un salarié de la verrerie de Givors fut reconnu en maladie professionnelle au tableau n°36 de la Sécurité sociale à deux reprises, pour une dermatose récidivante. Une première fois en 1994 et une seconde fois en 2004, alors qu’il était déjà en retraite. Il travaillait en fabrication, exposé à l’usage des huiles minérales soumises à haute température.

A son poste, quotidiennement, ont été utilisés durant sa carrière de 39 années pas moins de treize produits dont les risques sont éligibles au tableau n° 36 : MobilAlmo 325 ; Parafine ; Mobil DT oil AA ; Mobil DT oil Heavy ; Mobil DT oil Light ; Mobil DT oil Médium ; Mobil gear 630 ; Mobil GPO 736 ; Mobil HD 80w90 ; Mobil Rarus 427 ; Mobil Therm 603 ; Mobil Vectra Oil extra Heavy ; Mobilub HD 85w140. Au cours de certaines utilisations (lubrification moteur, trempe, électro-érosion et frappe), les huiles subissent de fortes contraintes thermiques et peuvent, par conséquent, s’enrichir en HAP, les températures favorables à la formation du Benzo[a]pyrène (BAP) se situant entre 600 et 850°C. Benzo[a]pyrène, danger H317, peut provoquer une allergie cutanée ; H340, peut induire des anomalies génétiques ; H350, peut provoquer le cancer ; H360FD, peut nuire à la fertilité, peut nuire au développement ; H410, très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme. Nota : les conseils de prudence P sont sélectionnés selon les critères de l’annexe 1 du règlement CE n° 1272/2008 (INRS). Ces lubrifiants qui peuvent produire des lésions habituellement localisées à la face dorsale des mains et des bras et à la partie antérieure des cuisses ; elles sont parfois étendues aux régions en contact direct avec les parties des vêtements de travail imprégnées d’huile ou de fluide.

A la verrerie, le graissage des moules à 800° dégage une vapeur d’hydrocarbure hautement cancérogène, des HAP, toutes les 20 minutes. L’amiante y est largement utilisée.

En 1979, alors que le salarié travaillait à la verrerie depuis plus de 20 ans, son médecin de famille lui prescrivait des examens et traitements pour l’eczéma aux pieds et aux doigts. En 1990, le médecin du travail relevait une mycose au pied consécutive à l’usage de chaussure huileuses. Au début 1994, ce même médecin diagnostiquait une dermatose à la paume des mains et déclarait une maladie professionnelle éligible au tableau n°36. Prévoyant en plus un changement de poste. Deux mois plus tard, après le refus de reconnaissance en maladie professionnelle par la Sécurité sociale, le médecin s’adressait au Centre de consultation de pathologie professionnelle et joignait une fiche de sécurité du produit mis en œuvre. Le Professeur chargé du service maladies professionnelles aux HCL à Pierre-Bénite réagit : « Le tableau des maladies professionnelles n’impose absolument pas la positivité ni même la pratique des tests. Il suffit que les lésions soient récidivantes avec le travail. Je m’étonne donc que le médecin conseil ait émis l’intention de refuser la prise en charge ». Le médecin inspecteur de la direction régionale du travail considéra alors : « ne nécessite pas d’enquête médicale ». Et l’origine professionnelle de la maladie fut alors reconnue. A l’automne 1995, toujours en activité, le verrier déclare une rechute et la caisse primaire d’assurance maladie accepte de prendre en charge les soins. Mais à nouveau en 2004, la Sécurité sociale reconnaît à l’origine professionnelle de sa maladie au tableau n°36 pour sa dermatose consécutive à l’exposition aux huiles minérales à son poste de travail employé à graisser des moules à 800°.

Cet exemple observé à la verrerie est, hélas, le quotidien de milliers de salariés dans ce pays où la reconnaissance des maladies professionnelles ne correspond pas à la réalité des risques professionnels. Ce vécu à Givors montre le « parcours du combattant » des salariés victimes pour se faire reconnaître. Si l’on examine les causes de non-reconnaissance des maladies professionnelles des verriers, aux défauts d’information et complexités administratives il faudrait ajouter les blocages des entreprises, responsables d’expositions toxiques refusant de reconnaître leurs responsabilités, et de l’appareil administratif à tous niveaux : services de médecine du travail, inspection du travail, Comité de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), CPAM pour les suivis post-professionnels, etc. Le combat pour la reconnaissance des maladies professionnelles fait partie du combat des travailleurs pour la reconnaissance de leurs droits au poste travail, particulièrement du droit au respect de la santé.

Source : https://www.inrs.fr/