z,revue itinérante annuelle d’enquête et de critique sociale vient d’éditer son 13e numéro, consacré à « Rouen, fumées noires et gilets jaunes ». Usines en feu, épidémie de cancers, vies en caravane, quitter la chimie, Notre-Dame-des-Palettes sont annoncés en couverture. Mais la brochure, abondamment illustrée va bien au-delà de l’annonce première tout au long de ses deux cents pages de texte fouillés, précis, signés d’experts de terrains compétents, affûtés aux combats de classes, rodés à l’adversité du patronat vis-à-vis de leurs exploités, des populations et de l’environnement. Là où la rencontre s’opère avec le combat des verriers de Givors, ce n’est pas au travers de ses colonnes, il ne contient pas d’article sur les verriers, mais dans la rencontre avec les lecteurs. Qui plus est avec un jeune public. Loin de Rouen, loin de Givors, dans un village du massif du Pilat Rhodanien, à Saint-Julien-Molin-Molette, un vendredi soir en prélude à une surprise-partie. Le cadre de son déroulement ne manquait pas de rapprochement significatif avec le sujet, car la soirée se déroula dans une ancienne filature dépouillée de ses machines, vidée de ses ouvriers et ouvrières depuis de nombreuses années. Soirée organisé par le Collectif du Taillis Vert en soutien au CASSIS (Collectif d’Autodéfense et de Solidarité en Soutien aux Inculpé.e.s Stéphanois.e.s).

L’histoire récente de Saint-Julien-Molin-Molette est étroitement liée à l’essor du tissage sur soie naturelle qui a marqué la seconde moitié du XIXe siècle. Cette industrie s’est développée sur toute la région du Pilat, en relation avec les canuts lyonnais. Une quinzaine d’usines ont ainsi été érigées sur les rives du Ternay. Depuis, plusieurs usines ont été restaurées en habitations, ateliers pour artistes et artisans, venus de France et de l’étranger. Les usines de soie ayant fermé, les grands bâtiments industriels furent rachetés par des collectifs, notamment pour en faire des ateliers d’artistes (cf. Wikipedia). C’est dire si le choix du site pour présenter cette revue était pleinement justifié, même si vu de Rouen, et même de Givors, cela paraît lointain et curieux. Et pourtant, c’est que l’histoire a de tels retours que cela peut surprendre.

Surprendre aussi que les risques industriels majeurs et les maladies professionnelles puissent passionner deux heures durant une quarantaine de jeunes ouvriers et étudiants, venus pourtant pour faire la fête et passer une bonne soirée, mais passionnés par des exposés et un débat sur les problèmes sociétaux de notre époque. Information qui peut aider à réviser certains jugements définitifs sur « la jeunesse d’aujourd’hui, mon bon Môssieur… »

Qu’une jeune rédactrice et dessinatrice Laura Pandelle et un jeune rédacteur Antoine Klein de la revue viennent présenter leur travail d’édition, et que Laurent Gonon descendant lointain de canuts lyonnais vienne parler de la lutte des verriers pour la reconnaissance des maladies professionnelle ne paraissait pas si incongru ce soir-là. La passion semblait d’ailleurs se mêler à l’intérêt. Tout était si proche dans ce lieu chargé de passé industriel.

Que dans la revue elle-même trois auteurs aient développé des sujets complémentaires aux questions des risques professionnels – pour les ouvriers et ouvrières, pour les populations et l’environnement – en étant aussi les participants du 3e colloque des verriers tenu en novembre dernier à Givors souligne fortement la proximité. L’historien Renaud Bécot, revenant sur la catastrophe de Feyzin en 1966, y développe « la réaction des populations qui intéresse l’État en premier lieu », pour s’en défier ; la sociologue Anne Marchand y décrit la lutte nécessaire pour faire reconnaître les maladies professionnelles, à partir de son expérience en Seine-Saint-Denis ; l’inspecteur du travail Gérald Le Corre vient y souligner que « si le code du travail était respecté, on éviterait des centaines de morts par an », ne manquent pas d’interpeller de jeunes auditeurs entrant dans la vie active.

La revue peut être commandée : http://www.zite.fr/parutions/z13-rouenfumees-noires-et-gilets-jaunes/

www.verriers-givors.com

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