« Un plan d’économies d’un milliard d’euros est présenté pour retrouver la confiance des actionnaires alors que l’action a perdu plus d’un quart de sa valeur en 2020 », annonce Le Monde du 23 novembre. Cette décision s’inscrit dans un plan d’adaptation tracé par le patron du groupe d’agroalimentaire français, soucieux de renouer avec la croissance et la rentabilité. l’action Danone a perdu plus d’un quart de sa valeur cette année ! Les actionnaires se sont gavés de 1,37 milliards d’euros de dividendes en 2020 sur la sueur des salariés, en augmentation de 8,2 % sur 2019, mais cela ne leur suffit pas… l’appétit vient en mangeant.

Le PDG a réitéré son objectif d’une croissance des ventes de 3 à 5 % à moyen terme, mais a dopé son ambition en termes de marge opérationnelle, évoquant désormais une marge comprise entre 15 et 20 %. Un premier palier a été fixé pour 2022, avec le passage de la barre des 15 %. En 2020, la rentabilité est attendue à 14 %, alors qu’elle était initialement prévue à 16 %. Pour atteindre ce nouvel objectif, le propriétaire des marques Evian, Vittel, Activia ou Blédina promet de se serrer la ceinture. C’est alors qu’intervient la variable d’ajustement : entre 1 500 et 2 000 postes seront supprimés chez Danone. Dont près de 400 en France. Danone a subi de plein fouet la fermeture des restaurants et le confinement, qui font plonger ses ventes d’eau en bouteille, notamment les petits formats, plus lucratifs (à New York, en 2019), note l’AFP.

Mais l’annonce s’inscrit dans un plan d’adaptation tracé et déjà prévu. Un plan d’économies d’un milliard d’euros d’ici à 2023 est lancé, succédant à un programme d’un montant similaire, baptisé « Protein », lancé en 2017, qui vient de s’achever. La majeure partie des économies, soit 700 millions d’euros, doit provenir d’une baisse des frais généraux et d’administration.

Cette décision soi-disant consécutive au COVID fait partie de la stratégie constante du groupe Danone, comme des autres grands groupes d’ailleurs : « Ça fait trente ans qu’on vit ça. Ce sont des restructurations, des plans d’économies qui ne débouchent sur rien en matière stratégique et qui, en fait, ne sont que des plans pour faire plaisir à la place financière. La raison est simple, tout le monde la connaît en interne, Danone fait 14% de marge opérationnelle, Nestlé en fait 17%. Et c’est la course à l’échalote entre les deux », déclare à France-Info (23/11/2020) François Hommeril, président de la CFE-CGC, syndicat de cadres, ajoutant que ceux qui payent les pots cassés sont toujours les salariés. Poursuivant : « Les très grandes sociétés qui n’auront comme seule vision, comme seule ligne de mire leurs cours de bourse et leurs taux de marge opérationnelle. C’est vraiment un sujet sur lequel il faut, pour le coup, commencer à poser les bases d’une rénovation de la gouvernance. »

2001-2003 actions contre la fermeture de la verrerie de Givors,
licenciements déjà pour accroître la rentabilité !

Les verriers de Givors, connaissent bien le schéma qui en 2001 virent leur entreprise, condamnée par le même groupe à la disparition. Pourtant la rentabilité dépassait les 15 %, mais le repreneur O.I.-Manufacturing voulait 20 % sur l’ensemble de la filière « verre d’emballage ». Donc, réduire les capacités de production, liquider des centaines d’emplois et augmenter la productivité était la solution trouvée… Antoine Riboud, patron social, proche du syndicalisme réformateur, fondateur de l’empire Danone n’a jamais hésité à restructurer, à tailler dans les effectifs.

Dans un discours prononcé à Marseille en 1972, lors des Assises nationales du patronat français, il déclare que « la dimension sociale ne peut être dissociée de la gestion de l’entreprise ». Ce discours « sur la croissance et la qualité de la vie », devenu le ferment du « double projet économique et social » de Danone, fait l’effet d’une bombe dans l’assistance. Certains, dans le monde patronal, jugent ses idées irréalisables. Décidé à jouer le rôle d’aiguillon, de poil à gratter des organisations patronales, Antoine Riboud s’associe à d’autres PDG de sensibilité progressiste, comme François Dalle (1918-2005) de L’Oréal ou Marcel Bleustein-Blanchet (1906-1996) de Publicis au sein de l’organisation Entreprise et progrès. Et c’est avec Jérôme Seydoux et Gilbert Trigano (1920-2001) qu’il signe une pétition en faveur de François Mitterrand dans Le Point, en 1974. Un candidat à la présidentielle qu’il soutient financièrement, préparant le terrain à l’alternance socialiste. Comme il soutient également longtemps le quotidien Libération. Les patrons « sociaux » à l’œuvre…

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